Notre critique du documentaire:"Aujourd'hui, si vous allez à une projection du film, vous pouvez finalement entendre des gens rire dans la salle", glisse Malcom McDowell les yeux écarquillés. Le comédien qui incarnait hier le mélomane délinquant Alex DeLarge est soulagé, selon lui et ses pairs, Orange Mécanique (lire la critique de Michel Grisolia ici) résonne enfin correctement avec son époque. Il était temps. Certaines séquences glacent toujours le sang, indéniablement, mais au moins aujourd'hui le film parle, il fait rire aussi et surtout, il fait réfléchir. Preuve que la violence s'est banalisée, certes, mais preuve aussi de la portée prophétique de l'une des pièces maîtresses de la filmographie de Stanley Kubrick.
Lors de sa sortie en salle, en 1971, l'ambiance est nettement différente. Le ministre de l'intérieur britannique et une bande de députés, catastrophés par l'impact que pourrait avoir le film sur les jeunes, demandent son interdiction. La presse s'enflamme. On ne parle plus que de la violence, rien que de la violence. Le débat s'hystérise. La séquence où DeLarge assassine une bourgeoise à coups de sculpture en forme de sexe passe mal. Kubrick reçoit des menaces. Et cerise sur la gâteau, une bande de jeunes meurtriers revendiquent directement l'influence du film sur leurs agissement. Excédé, le réalisateur retire le film des salles malgré le succès commercial (un coût de 2 millions de dollars pour des recettes avoisinant les 14 millions). Il ne ressortira au cinéma qu'après sa mort.
Fidèle à son ambition, la collection Il était une fois... revient sur le contexte de l'époque en jonglant entre analyses sociologiques, anecdotes et précisions techniques. Le réalisateur Antoine Gaudemar a réuni du beau monde en commençant par la veuve du Kubrick, Christiane, mais aussi l'acteur principal, Malcom McDowell, le producteur, et une armada de sociologues, historiens et psychanalystes pour expliquer ces années 70. Celles qui ont vu naître le concept d'insécurité, les thèses de Foucault faisant de la psychiatrie un outil de contrôle et de surveillance et les dangers d'un Etat aux techniques perverses et répressives. Le documentaire d'une petite heure est suivi du film, à 23h, en version restaurée.
