Plus Belle La Vie a déjà 10 ans et pas moins de 2530 épisodes au compteur! L'Express en profite pour demander à Jean-Yves Le Naour, auteur de Plus Belle La Vie, la boîte à histoires, quels sont les ingrédients du succès de ce soap opera made in France.

Plus Belle la vie réunit en moyenne entre 5 et 6 millions de téléspectateurs chaque soir. Comment expliquer un tel succès?

Personne ne connaît la recette du succès, c'est un mystère! Je ne peux qu'avancer quelques pistes sur l'engouement qu'elle suscite. Tout d'abord, il s'agit d'une émission quotidienne: les personnages évoluent, grandissent, en même temps que nous, réagissent à l'actualité, comme nous. Ce rituel du soir nous fait prisonnier de la série, comme une addiction: on a envie de découvrir ce qu'ils vont refléter de la société au quotidien.

Ensuite, le fait que tous les âges et les milieux sociaux soient représentés entre en jeu: tout le monde peut regarder et se reconnaître dans un des personnages de la série. Ensuite, les trois arches narratives sont un procédé efficace, en poursuivant l'histoire sur le plan sociétal, en mettant l'accès sur le suspense mais aussi sur les évènements du quotidien, il y en a pour tous les goûts.

Dans votre ouvrage, vous formulez une "fiche d'identité" de la série où vous la rangez dans le genre du soap opéra. Mais est-elle seulement un "opéra savon"?

Oui et non. Si on remonte aux origines de l"opéra savon", il s'agissait d'émissions récurrentes qui occupait la ménagère américaine l'après-midi lorsqu'elle faisait du ménage, du repassage. Ces émissions avaient pour sujets des personnages riches et influents, capables de faire rêver les ménagères, et leurs interactions créaient des histoires invraisemblables. Dans Plus Belle La Vie, on se concentre sur des gens du quotidien, des gens normaux, et même si leurs aventures ne sont pas forcément toujours crédibles, il y a un indéniable soucis de réalisme dans la série.

Plus Belle La Vie avait filmé le premier baiser homosexuel de la télévision française. Pensez-vous qu'en montrant ce genre de réalité, la série est en avance sur son temps?

Mais est-ce être en avance sur son temps que de montrer une telle réalité? La télévision française est à bien des égards rétrograde et trop frileuse. Je ne pense pas que la série soit en avance sur son temps, elle est juste de son temps, tout simplement.

En diffusant ce genre de scènes, en faisant écho par exemple à la consommation de cannabis des jeunes, certains voient dans cette série un positionnement idéologique de gauche. Qu'en pensez-vous?

Je ne pense pas que ce soit pertinent. Après tout, les scénaristes abordent des réalités qui ne peuvent être niées, ils n'en font pas non plus l'apologie. Dépeindre la réalité est la défense des scénaristes.

On ne peut donc pas parler de série engagée?

Non, le terme est trop fort. Encore une fois, il s'agit d'une série qui est dans l'ère du temps. Les thèmes polémiques ne sont pas abordés d'une manière clivante, ils sont même évoqués de façon minimaliste, en prenant la posture de la défense des droits de l'Homme. Les scénaristes ne prennent pas vraiment de risques: la série n'offense qu'une infime proportion de français lorsqu'elle montre la vie d'un couple gay, par ailleurs fort sympathique.

Là où ils se montrent frileux, c'est par exemple en touchant du doigt des sujets plus difficiles. Je pense notamment aux thèmes de l'euthanasie ou du viol, qui se dégonflent dans l'histoire comme des ballons de baudruche. Le viol n'est abordé que par un personnage secondaire totalement inintéressant. De la même façon, le conflit social est peu abordé, le thème de la grève n'est par exemple qu'à peine exploité.

Pour écrire votre livre, vous avez évidemment regardé la série. Est-ce qu'elle vout plaît?

(rires)Je préfère garder cette information pour moi.