Bonne nouvelle, vous pouvez démarrer une collection et vous faire plaisir, sans pour autant y consacrer toute votre fortune. Les conseils de Gautier Rossignol, directeur associé chez Aguttes, au département automobiles de collection, pour y parvenir.
L'Express : Comment a évolué le marché des automobiles de collection sur le long terme ?
Gautier Rossignol : Dans les années 1980, il a connu une spéculation effrénée, qui a brutalement pris fin en 1992. Les ventes ont redémarré au début des années 2000. Puis en 2012, le marché a connu un très fort regain d'intérêt, avec une hausse moyenne des prix de plus de 470 % en trois ans ! Une Ferrari F40, par exemple, se vendait autour de 280 000 euros en 2012 et 1 million d'euros en 2015. Après cette hausse très rapide, les prix se sont érodés, ce qui a sonné la fin de la vague spéculative. Le marché reste cependant très dynamique et certains modèles conservent une cote élevée.
Quels sont les modèles les plus prisés ?
Il n'existe pas un seul marché des automobiles de collection, car il faut raisonner en générations. La première est celles des ancêtres, construites entre 1890 et 1904, à laquelle succèdent celles d'avant-guerre, qui datent de 1905 à 1949. Ensuite la période de l'âge d'or de l'automobile va des années 1950 à 1970 ou 1980, selon les experts. Enfin le marché des "youngtimers", avec des voitures de 1980 à 2000 ou 2010. Cette distinction entre les périodes de construction est importante, car les collectionneurs privilégient, en général, des modèles qui ont marqué leur jeunesse. Comme depuis une dizaine d'années, notre marché s'est largement rajeuni, les acheteurs quadragénaires préfèrent les youngtimers, alors que la précédente génération privilégie toujours l'âge d'or.
Quels critères déterminent la cote d'une automobile de collection ?
En premier lieu la rareté, car certains modèles ont été produits en nombre limité, et d'autres sont conservés très longtemps par leurs propriétaires et peu souvent mis en vente. Ensuite la période de production et la marque, certaines jouissant d'une cote supérieure, comme Ferrari par exemple. Enfin, l'histoire de la voiture, si elle a appartenu à une personnalité, le fait qu'il s'agisse d'un modèle de première ou deuxième main, qu'elle soit dans son jus ou ait été restaurée, accidentée ou pas, joue sur sa cote.
Il faut aussi tenir compte de la nature de la voiture, celles qui ont couru et remporté des rallyes ou des grands prix sont très recherchées aujourd'hui et leur valeur grimpe. Mais là aussi, il faut distinguer les modèles prototypes des modèles de grand tourisme et des belles berlines de route. A titre d'exemple, une Ferrari 250 GTO qui a couru sous les couleurs de la marque et gagné le championnat des voitures de sport a une valeur qui oscille entre 70 et 75 millions d'euros. Une Porsche 906 qui a concouru dans les années 1960 et est restée aux mains de pilotes privés vaut autour de 2,5 millions et une Jaguar type E modifiée pour être éligible aux courses historiques se vend aux environs de 250 000 euros.
Faut-il être millionnaire pour se lancer dans ce type de collection ?
Pas du tout, il est possible de se lancer à partir de 5 000 euros, le prix d'une Diane Citroën par exemple. Mais, dans ce cas, il faudra débuter avec des voitures populaires qui ne sont pas habilitées pour les concours. Quel que soit le modèle, notre marché est très éclaté et il n'existe pas vraiment de cote officielle. Il est possible d'acheter chez un marchand spécialisé, sur un site dédié, auprès d'un particulier via des petites annonces ou dans une maison de vente.
Quelles précautions prendre avant d'acquérir une automobile de collection ?
Il faut toujours acheter une voiture que l'on aime avec son coeur et qui répond à l'usage que l'on compte en faire. Le modèle doit faire rêver son propriétaire pour qu'il ait envie de le conduire. C'est d'ailleurs une nécessité pour conserver la valeur d'une voiture, car si elle ne roule pas, elle s'abîme. Ensuite, il faut faire une acquisition à la hauteur de ses moyens, en tenant compte du prix d'achat mais aussi du coût d'entretien.
Il faut toujours disposer de fonds complémentaires pour pouvoir faire face à une réparation imprévue. C'est l'un des principaux problèmes des collections de voitures, car beaucoup d'acheteurs oublient qu'une automobile ancienne peut réserver de mauvaises surprises. Enfin, il faut s'entourer de professionnels capables de détecter l'authenticité des pièces et la qualité des réparations et pouvant donner une véritable valeur d'expertise. Car il existe beaucoup de contrefaçons de voitures d'origine et il faut avoir l'oeil pour les détecter.
