Investir dans des placements alternatifs ? C'est investir ailleurs que sur les traditionnels marchés d'actions cotées ou d'obligations. En clair, dans l'immobilier, dans des entreprises non cotées (en capital avec le private equity ou en dette), dans des supports visant à financer des projets d'infrastructures (autoroutes, champs d'éoliennes, etc.), dans des hedge funds, etc. Ces placements devraient être particulièrement attractifs en 2022. "Les rendements sur les marchés cotés pourraient devenir plus difficiles à générer. Dans ce contexte, il sera essentiel d'adopter des stratégies alternatives", déclarait, fin janvier, David Lebovitz, Global Market Strategist chez JP Morgan AM.
Les actions cotées ne devraient en effet plus être aussi rentables que par le passé. "Sur les marchés développés, les rendements moyens annualisés devraient s'établir autour de 4,4% dans les dix prochaines années, alors qu'on s'attend traditionnellement à 8% ou 10% en moyenne sur ce type d'actifs", commente Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM. De plus, les places boursières sont, par nature, extrêmement volatiles, et elles font encore davantage les montagnes russes avec des événements graves, comme la guerre en Ukraine. Rien de tel avec les placements alternatifs, qui prennent tout leur temps : le plus souvent indisponibles avant quelques années, ils sont, de par cette illiquidité, complètement décorrélés des marchés financiers traditionnels. D'où leur succès. "Les stratégies alternatives représentent de 10% à 40% des portefeuilles de nos clients privés", fait valoir Gabriel Garcin, executive director, chargé des investissements alternatifs chez UBS France.
1/ Les hedge funds. Un gérant d'actions classique est tributaire du marché sur lequel il investit : s'il baisse, sa performance baisse. Alors que le gérant de hedge funds, lui, dispose de toute une palette d'outils pour gérer son risque (vente à découvert, produits dérivés, contrats à terme, etc.). C'est contre-intuitif, mais il peut gagner beaucoup d'argent quand un marché ou un titre baisse, parce que justement il a joué ce marché ou ce titre à la baisse. "Avec les injections de liquidités par les banques centrales, tout montait sur les bourses. Mais, avec les changements de politiques monétaires, les gérants de hedge funds vont pouvoir faire une sélection pointue ou des paris forts, des méthodes dans lesquelles ils excellent. Pour eux, 2022 devrait être un terrain de jeu très favorable", anticipe Gabriel Garcin. En 2021, leur performance moyenne était de 8,9%. Reste à sélectionner les meilleurs hedge funds, ce que fait généralement une banque privée pour ses clients. Le particulier lambda, lui, n'y a guère accès, "mais il peut investir dans des Sicav ou des FCP dont les philosophies sont proches, comme dans les fonds dits de performance absolue", note Vincent Juvyns.
2/ Le private equity. Les plus fortunés peuvent directement entrer au capital d'entreprises non cotées ou faire confiance à un gérant spécialisé via un fonds (Ardian, Tikehau, Apax, etc.), qui va lui-même investir dans une vingtaine d'entreprises. La différence avec les marchés cotés ? Une surperformance qui tient au rôle de la société de gestion. "Nous sommes des actionnaires actifs, nous avons une place au conseil d'administration, nous aidons les entreprises à croître, ce qui n'est pas le cas quand vous achetez une simple action. Nous apportons donc de la valeur économique supplémentaire", explique Thomas Friedberger, directeur général de Tikehau IM. C'est ce qui fait le rendement du private equity. Dans ses prévisions publiées en début d'année, UBS s'attend à une performance moyenne de 10,8% par an sur les quinze prochaines années. Difficile cependant d'accéder à un fonds de private equity en dessous de 100 000 euros, mais le secteur se démocratise. "Il n'est plus possible de réserver cette classe d'actifs à une minorité. Nous venons de lancer BPIFrance Entreprises 2, un fonds disponible dès 3000 euros en direct, via 123IM ou via l'assurance-vie. Il promet un rendement de 5% à 7% net par an sur six ans", précise Nicolas Dufourcq, directeur général de BPI France. Vous en trouverez aussi de plus en plus au sein des contrats d'assurance-vie ou via certaines plates-formes comme Alphacap. "Nous avons sélectionné cinq fonds de private equity et trois de dette privée, avec des tickets d'entrée qui varient de 1000 à 10 000 euros", explique Souleymane-Jean Galadima, son directeur général.
3/ L'immobilier. Reste enfin l'immobilier. Avec le retour de l'inflation, il offre une bonne protection, notamment pour les propriétaires qui pourront augmenter les loyers. "Les immeubles de bureaux européens présentent aujourd'hui le plus grand potentiel en matière de réévaluation des prix. La pandémie a perturbé le secteur et accéléré sa transformation. Cela dit, il est de plus en plus admis que les bureaux resteront au centre de notre vie professionnelle", avance David Lebovitz. Là encore, difficile d'acheter un immeuble de bureaux, mais le particulier peut se tourner vers un placement qu'il connaît bien : les SCPI.
