Les économistes ont coutume de dire que l'inflation pousse à la consommation, à cause de l'anticipation de prix futurs plus élevés. Du point de vue de l'épargnant, ce postulat est donc inverse, avec moins d'épargne, ce qui se justifie d'autant plus que la hausse des prix rogne le pouvoir d'achat de ses économies et que les politiques monétaires maintiennent sa rémunération réelle (l'écart entre le taux d'intérêt et l'inflation) en territoire exceptionnellement négatif. Le retour de l'inflation devrait ainsi s'accompagner d'une baisse de l'effort d'épargne. Ce n'est pourtant pas ce que l'on constate. Sans doute parce que l'âge moyen de la population augmentant, dans un environnement économique hautement incertain, la préférence pour l'accumulation l'emporte, quitte à accepter une perte en capital.

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Reste néanmoins à allouer son épargne de sorte lui conserver, au mieux, sa valeur. L'or, connu pour ce rôle protecteur, n'a pas particulièrement répondu présent et le métal précieux ne convaincra que les investisseurs persuadés que l'environnement est suffisamment incertain pour accepter sa décote. L'immobilier est souvent considéré comme une valeur refuge en cas d'inflation. C'est vrai si l'on considère ses prix, qui généralement continuent de croître, nettement moins si l'on compare ces derniers à l'indice des prix à la consommation. La remontée des taux d'intérêt qui accompagne celle de l'inflation élimine par ailleurs des acquéreurs potentiels, surtout lorsque les valorisations sont élevées.

Les obligations indexées sur l'inflation sont, dans l'absolu, le placement idéal puisque les Etats s'engagent à payer l'inflation future. Mais leur accès n'est guère facile pour les particuliers. Reste donc les achats de matières premières, pour les moins scrupuleux et prêts à prendre le risque de s'exposer à un marché très spéculatif, dopé aux injections de liquidités des Banques centrales, qui ne pourront se poursuivre en cas d'inflation. Ou les actions d'entreprises très endettées susceptibles de voir le poids de leur dette, à terme, allégé par la hausse de leurs prix. Ce qui suppose néanmoins qu'elles ne soient ni trop exposées au choc de demande à venir, ni à la hausse des taux d'intérêt... Du côté de l'épargnant, le retour de l'inflation est un casse-tête qui pourrait justifier qu'il préfère... aller faire du shopping !