A 38 ans, Caroline n'aurait jamais pensé qu'une porte laissée ouverte susciterait autant de questionnements. "J'étais dans ma chambre en train de m'habiller un matin. Mon fils de cinq ans, Arthur, est passé dans le couloir à ce moment-là. Quand il m'a vu, il est devenu rouge tomate avant de filer dans sa chambre. Sur le coup, je n'ai pas compris sa réaction. Puis, la gêne m'a peu à peu envahie. Moi qui trouvais ce geste complètement anodin, banal, j'ai soudain eu l'impression d'être allée trop loin, d'avoir mis mon fils mal à l'aise", confie Caroline.
Changer ses habitudes?
Si certains enfants s'accommodent parfaitement de voir leurs parents dénudés, pour d'autres le corps ainsi exposé peut être embarrassant. "Arthur a eu l'air vraiment choqué, comme s'il me voyait nue pour la première fois. Cette réaction m'a donné l'impression qu'il lui était nécessaire d'établir une distance physique entre nous. Je sais bien qu'il grandit et que ce besoin est tout à fait normal mais je ne peux pas m'empêcher de trouver ça un peu excessif...", confesse Caroline.
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"Je ne sais pas comment réagir, reprend-t-elle. Faut-il que je continue sans rien changer à mes habitudes pour lui montrer qu'il ne faut pas avoir honte de son corps ou dois-je au contraire commencer à m'habiller porte close pour ne pas le mettre dans une situation embarrassante? Je ne veux surtout pas transmettre à Arthur l'idée que la nudité est sale mais je ne veux pas non plus qu'il ait l'impression que je ne tiens pas compte de son ressenti", avoue Caroline.
"Etre vigilent au ressenti individuel de l'enfant"
"Chaque enfant a une appréciation différente de la pudeur, explique Aurélie Crétin, psychologue en thérapie comportementale et cognitive, auteure de Vivre mieux avec les émotions de son enfant (éd. Odile Jacob). Elle dépend de sa personnalité mais également de son environnement culturel et de la manière dont ses parents appréhendent eux-mêmes la nudité. Cette géométrie éminemment variable explique qu'il faille être particulièrement attentif au ressenti individuel de l'enfant."
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"Un geste, une attitude peuvent être éloquents et montrer que la situation est inconfortable pour lui: s'il vous demande de fermer la porte de la salle de bain ou s'il détourne spontanément le regard en vous voyant vous habiller par exemple. Mal à l'aise, il n'arrive pas forcément à verbaliser cette gêne diffuse", reprend Aurélie Crétin.
Le corps, un élément de distanciation
"Inutile de s'alarmer de ce changement, reprend la psychologue. Il est la preuve que l'enfant grandit, évolue et construit ses propres limites. Il fait petit à petit du corps un élément de distanciation avec ses parents. C'est très différent chez le bébé ou le tout-petit par exemple. Pour eux, le contact est un élément rassurant, comme le montre l'importance du 'peau à peau' les premiers jours de la vie."
"Cette évolution développementale de l'enfant ne correspond évidemment pas à un âge fixe mais on peut tout de même avancer que la pudeur commence à apparaître chez l'enfant vers trois ou quatre ans, analyse Aurélie Crétin. A partir de cinq-six ans, le nu commence en général pour lui à être sexué. Ce changement peut être lié au complexe d'Oedipe, si l'on se fie à la théorie freudienne."
"Quoi qu'il en soit, il est nécessaire de tenir compte de ce qu'exprime, même non-verbalement, l'enfant. Ne pas le faire peut avoir des répercussions sur son futur rapport au corps et à la sexualité. Mieux vaut utiliser des mots simples. On peut dire par exemple: 'Cela t'embête, je le comprends. Désormais,je ferai attention à ne plus m'habiller devant toi car tu as raison, l'intimité, c'est important'. En général, cela suffit", conclut Aurélie Crétin.
