C'est une simple photo qui a enflammé les réseaux sociaux: sur le cliché, David Beckham embrasse son enfant sur la bouche.

De quoi susciter les critiques de certains parents. D'autres, au contraire, n'hésitent pas à le faire. Il arrive même que la pratique perdure et il n'est pas rare de croiser des parents qui continuent alors que ces derniers sont devenus ados, voire même adultes.

C'est grave docteur?

Quand on questionne les parents sur le sujet, force est de constater qu'il n'y a pas d'entre deux. Certains considèrent qu'embrasser son enfant sur la bouche relève quasiment d'une forme d'inceste et doit être réservé "aux amoureux", tandis que l'autre camp n'y voit rien de plus qu'un simple geste d'amour filial aussi innocent qu'un baiser sur la joue.

Pour Françoise Dolto, la célèbre pédiatre et psychanalyste, l'avis sur la question est particulièrement tranché. D'après elle, il ne faut jamais embrasser son enfant sur la bouche car il perçoit très tôt l'aspect intimement érotique de la chose. Mais il semblerait que les psys d'aujourd'hui, sous l'influence anglo-saxonne, soient moins catégoriques.

En effet, comme nous le précise la psychologue clinicienne Marie-Ange Demarquet, "dans une relation parentale 'normale', la dimension sexuelle du parent envers l'enfant n'est pas présente. Ainsi, pour l'enfant, un bisou sur la bouche ou un bisou sur la joue ne sont pas différents. Il s'agit simplement d'une démonstration affective. C'est l'adulte qui y met un sens".

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Une question de culture et d'âge

"Dans ma famille, on a toujours fait ça et tout le monde se porte bien. Moi la première, nous confie Séverine. J'ai donc reproduit le geste avec mes propres enfants sans même me poser de question." D'ailleurs, au-delà de la culture familiale, on remarque que, dans d'autres pays, le baiser sur la bouche est bien plus pratiqué qu'en France.

On pense en premier lieu à la Russie avec son fameux 'baiser à la Russe', mais c'est également le cas dans les pays nordiques (Suède, Norvège...) ainsi qu'en Amérique du Nord. En effet, comme en témoigne Chantal: "Aux Etats-Unis, c'est courant dans les familles et entre amis. C'est juste sur le bout des lèvres, en cul de poule, et rien de plus."

La plupart des parents "smackeurs" s'accordent pour dire que la fréquence des bisous sur la bouche diminue au même rythme que les enfants grandissent. "Nous avons progressivement ralenti le nombre de baisers sur la bouche quand ma fille est entrée en maternelle, pour finalement arrêter vers cinq ans", précise Nathalie, jeune maman d'une petite fille. Selon la psychologue Marie-Ange Demarquet, cela correspond aux normes sociales. "La société a tendance à ne pas tolérer que les parents embrassent sur la bouche un enfant 'trop grand', grosso modo, à partir de six ou sept ans. Historiquement, cela correspond à l'âge de raison, l'âge où les garçons étaient enlevés aux mères pour partir avec les hommes. Vers cet âge, on considère que la génitalité prend le dessus sur la tendresse. Il en est de même pour la nudité devant les enfants."

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Du bon sens, rien que du bon sens

Très fréquemment, c'est l'enfant lui-même qui prendra ses distances avec la pratique du bisou sur la bouche. Il est d'ailleurs important qu'il puisse exprimer si ça le gêne et que le parent respecte ce choix. A contrario, si l'adulte n'est plus à l'aise mais que l'enfant réclame encore quelques bisous réguliers, il est temps d'entamer une sorte de sevrage, qui va souvent de pair avec le fait de ne plus se montrer nu ou de frapper avant d'entrer dans la salle de bain.

De même, le parent qui ne souhaite pas laisser son enfant l'embrasser sur la bouche doit prendre le temps de lui expliquer que, selon lui, ces baisers sont réservés aux amoureux. Enfin, sur un plan strictement hygiénique, le baiser sur la bouche ne pose pas particulièrement de problème tant qu'on a une hygiène correcte, mais il faut faire preuve de bon sens en mettant en pause la pratique si l'un ou l'autre des "bisouteurs" souffre d'un vilain virus.