Un élève est victime de harcèlement scolaire lorsqu'il subit de la part d'un autre élève ou d'un groupe d'élèves des actes de violence répétés, que cette violence soit verbale, physique ou psychologique. Selon une étude réalisée auprès de 18.000 élèves, 10% des collégiens rencontrent des problèmes de harcèlement scolaire et, pour 6% d'entre eux, le harcèlement peut même être qualifié de sévère. Pour lutter contre ce phénomène, il faut savoir le détecter, savoir comment réagir et savoir à qui s'adresser pour que cela cesse au plus vite.
Comment le détecter?
Détecter le fait que son enfant soit harcelé à l'école est assez difficile. Il faut être particulièrement attentif aux symptômes évocateurs des différentes conséquences du harcèlement. Hélène Romano, docteur en psychopathologie clinique et auteur de L'enfant face au traumatisme, en a répertorié quatre grandes familles: les conséquences physiques, les conséquences psychologiques, les conséquences matérielles et les conséquences familiales. "Les traces physiques sont rares mais un enfant qui revient avec des morsures, des griffures ou des hématomes et qui cacherait la blessure comme s'il était coupable ou donnerait des explications confuses, c'est quelque chose qui doit alerter."
Moins rares, les signes liés aux conséquences psychologiques sont plus faciles à identifier. Un enfant qui change brusquement de comportement peut être révélateur de harcèlement. "Les enfants harcelés ont souvent une perte de confiance en eux. Ils se mettent en retrait. Ce sont des enfants qui, tout à coup, ne participent plus à la vie sociale, ne veulent plus aller au foot, voir des amis. C'est un changement souvent assez rapide, sur quelques jours ou quelques semaines. A l'autre extrémité, il y a les enfants qui vont réagir avec une agressivité à fleur de peau. Des enfants qui deviennent plus capricieux, intolérants, pénibles, qui ne supportent plus la moindre remarque car il se sentent agressés. La violence qu'ils ont envers le monde extérieur s'explique par celle qu'ils subissent", poursuit Hélène Romano.
Ces conséquences psychologiques peuvent également se traduire par des troubles psychosomatiques en lien avec l'école, comme "un enfant qui va manifester des nausées, des vomissements, des maux de ventre, dès qu'il est question d'aller à l'école, ou qui sollicite le parent pour ne pas être seul ou en attente devant le collège, est aussi un très bon indicateur de harcèlement. L'enfant va tout faire pour que son parent ne le dépose qu'à la dernière minute pour arriver au collège à un âge où, la plupart du temps, c'est plutôt l'inverse qui se passe."
Concernant les conséquences matérielles, quelques signes peuvent mettre la puce à l'oreille des parents. Quand son enfant revient très fréquemment avec des vêtements déchirés, abimés ou dont le matériel scolaire est particulièrement détérioré, on peut s'interroger sur la présence d'un harcèlement car, contrairement à un enfant racketeur, un enfant harceleur ne cherche pas à s'approprier l'objet mais à le détériorer pour attaquer ce qui représente l'enfant harcelé.
Enfin, le docteur Hélène Romano nous parle des signes liés aux conséquences familiales. "Au sein de la famille, il y a un indicateur très important qui apparait dans les cas de fratrie incluant un enfant plus jeune. Souvent, le harcelé à l'école devient le harceleur à la maison et il va répéter ce qu'il a subi."
Il y a aussi des découvertes fortuites. Ce fût le cas pour Annabelle, mère d'Elise, victime de harcèlement depuis le CM2. "J'ai découvert le harcèlement au collège en tombant sur des échanges de SMS dans lesquels Elise parlait clairement de suicide. Une camarade de classe l'avait choisie pour proie car Elise bénéficiait de quelques aménagements du fait de sa maladie chronique. Insultes et moqueries au sein de l'établissement scolaire et sur les réseaux sociaux, le harcèlement était quotidien."
De quelle manière aborder le sujet?
Dès qu'un doute apparaît, il est primordial de chercher à en savoir plus et d'aborder la question avec son enfant. Mais, comme le confirme Hélène Romano, il ne faut pas poser la question trop directement, sinon "l'enfant va sentir l'anxiété et ne va rien dire". La majorité des enfants victimes de harcèlement ont à la fois honte et peur, deux verrous à la parole. On évitera donc d'en parler d'une façon trop frontale, sinon l'enfant se protègera et niera tout harcèlement. Pour cela, on peut engager le dialogue en lançant des hypothèses comme, par exemple: 'J'ai l'impression qu'il se passe des choses un peu difficiles au collège' ou encore 'Je sais que dans certaines écoles des enfants sont embêtés par les autres' en espérant que ces amorces suffiront à libérer la parole de l'enfant". Mais on peut également dire à l'enfant que, si quelque chose ne se passe pas bien, mais qu'il ne souhaite pas en parler, il peut le faire en s'adressant à d'autres personnes.
A qui s'adresser?
En tant que parent, le premier reflexe serait d'aller directement voir l'enfant harceleur pour le prendre entre quatre yeux, mais cela pourrait avoir des conséquences désastreuses. En effet, le harceleur pourrait redoubler d'intensité pour punir sa victime d'avoir cafté ou même retourner la situation à son avantage en se plaignant d'avoir été menacé par un adulte, devenant à son tour une victime. Il est préférable de se rapprocher de l'école. Médecin ou infirmière scolaire, enseignants et directeurs d'établissement seront à même de prendre en charge la situation. Lysiane, professeur de collège, témoigne: "Une fois informés, nous transmettons les informations obtenues à l'équipe éducative, au Conseiller Principal d'Education, à la direction. On alerte aussi l'infirmière, voire l'assistante sociale. Dans l'établissement où j'enseigne, une cellule de veille hebdomadaire a été instaurée pour évoquer le cas de ces élèves dont le comportement et les résultats suscitent des interrogations. Les signalements sont faits par l'ensemble des intervenants au collège. Les CPE, chefs d'établissement et personnels socio-médical peuvent ainsi mettre en place des stratégies pour aider l'élève à se réinsérer dans un cadre de travail plus serein, et pour sanctionner les élèves à l'origine du harcèlement."
On peut également directement s'adresser aux parents de l'enfant harceleur si l'on constate que le dialogue est possible, ce qui n'a malheureusement pas été le cas pour Annabelle et sa fille Elise. "Les parents n'ont rien voulu entendre et n'ont pas cru leur fille capable de tels actes. Le harcèlement n'a cessé qu'après le dépôt d'une main courante." Enfin, parents et enfants peuvent trouver des conseils sur le site mis en place par le ministère de l'éducation nationale, Non au harcèlement, ou en appelant le numéro vert Stop Harcèlement au 30 20.
