Adieu la fast life, les week-ends en avion - et avec eux la course effrénée aux multiples visites de musées et autres sites touristiques - d'où l'on rentre lessivé. En période de Covid, l'heure est à la micro-aventure, cette expédition nature de courte durée, facilement accessible et qui demande peu de moyen d'organisation. Conceptualisé Outre-Manche, le phénomène prend racine en France qui s'affiche en leader, notamment grâce au super pionnier Chilowé et au travail d'auteures bien inspirées.

La France en mode sauvage et cool

Derrière Chilowé, ce média guide de référence tout en humour et décalage, Ferdinand Martinet et Thibaut Labey, deux accros de grands espaces auto proclamés Pierre Rabhi de l'aventure. Leur pari ? "Montrer qu'il y a des escapades incroyables en France, des virées qui ne nécessitent pas d'aller à l'autre bout du monde ou de poser 5 semaines de RTT", explique Ferdinand, a.k.a. Castor Fougueux. Observer des animaux, pêcher, randonner, s'adonner au kayak ou au stand-up paddle sur un, deux ou trois jours mais en mode tranquille, sans usage intempestif de wifi... Autant d'expériences de micro-aventure qui changent des longs voyages. Les options sont infinies ; les surprises, au rendez-vous. Magaly et Didier ont cédé à l'automne aux sirènes du phénomène, en compagnie de leurs deux ados : "un dimanche, nous avons roulé jusqu'à Fontainebleau, marché trois heures dans le massif des Trois Pignons et pique-niqué aux Sables du Cul du Chien, une curiosité géologique sortie de nulle part ; nous étions bluffés par cette plage de sable cachée en coeur de forêt". Pour Ferdinand Martinet, la France regorge de petits miracles nature qu'il suffit de faire exister face aux destinations lointaines.

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Ton différenciant, visuels qui donnent envie... la patte Chilowé vise à concurrencer les destinations lointaines qui séduisent leur cible, des citadins CSP+ entre 25 et 40 ans.Né d'une simple newsletter envoyée à 50 copains en 2017, le média nouvelle vague fédère désormais près de 100 000 personnes - 60% à Paris - en quête d'idées de week-ends ou de vacances et de conseils pragmatiques. L'an dernier, le guide papier Chilowé Paris et ses 134 micro-aventures à moins de 4 heures de Paris a fait un carton. Tandis que les habitants de Bordeaux, Lyon ou Nantes fréquentent de plus en plus le site. Le média "inspirationnel" fait des émules, à l'instar de "Les Others" qui a aussi senti le filon. Même Airbnb se met aux expériences nature !

Slow train,

"L'envie d'arrêter la course et de vivre de manière plus éthique était latente, les gens attendaient juste des propositions concrètes", estime Juliette Labaronne, auteure de Slow Train (Arthaud, 2019). En mettant en vedette des lignes ferroviaires méconnues, l'ouvrage poétique redonne ses lettres de noblesse au voyage à petits pas. "Je cherchais un antidote aux week-ends en vol low cost où l'on enquille visites et restaurants, avec une pression anormale quand on est censé être en vacances", se remémore la jeune femme qui prépare un tome 2 autour des pays européens limitrophes.

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Juliette Labaronne prône "une manière de voyager extraordinaire, peu chère et très écologique" : des trains à petite vitesse - TER, Corail, Intercités - qui traversent l'Auvergne ou le Vercors, relient le Vexin ou les vignobles champenois. Bien loin du rythme du TGV. "Les wagons sont souvent plus confortables qu'on l'imagine et la convivialité, inattendue. On voit les paysages changer, on marque des escales dans des petites villes inconnues au bataillon", évoque-t-elle. Une possibilité également offerte par le développement de routes du cyclotourisme transrégionales, comme la via Paris/Mont-Saint-Michel.

Ralentir le rythme... et profiter

"On sera probablement bien plus dépaysé en rase campagne française qu'à New York", parie Juliette Labaronne qui appelle à sortir des grandes villes uniformisées par la mondialisation mais aussi de la quête de performance qui a envahi le voyage. En bref, à être "moins dans la consommation et plus dans l'apaisement, la contemplation et la rencontre". Sa philosophie est partagée par tous les chantres de la micro-aventure, qui voient les planètes s'aligner sous l'effet de la crise Covid. Certains s'en réjouissent, d'autres appellent à la vigilance. "Sommes-nous en train de participer à dénaturer ce que l'on trouve formidable?", interroge Amélie Deloffre.

L'auteure du remarquable 2 jours pour vivre (Gallimard Loisirs), un guide de 30 micro-aventures testées par ses soins, formulait récemment ses doutes dans un post sur son blog éponyme : "qui dit tendance, dit accroissement significatif et marchand, et donc une altération du concept d'authenticité. Or l'authenticité, c'est la définition même de l'aventure". La France-trotteuse redéfinit au passage les valeurs, selon elle, de la micro-aventure : autonomie, effort, simplicité maximale et liberté. Et alerte contre l'avènement de nouvelles autoroutes du tourisme de masse en plein Hexagone. En antidote préventif, ne faudrait-il pas d'ores et déjà multiplier les idées de virées audacieuses dans la pampa française ? Encore un petit effort !