C'était il y a vingt ans: Nelson Mandela remportait haut la main les premières élections multi-raciales en Afrique du Sud, qui officialisaient de manière spectaculaire la fin de l'apartheid. Aujourd'hui, Le Cap, ancien théâtre de révolutions politiques, renaît comme centre d'une avant-garde bouillonnante: capitale du design de 2014, classée destination n°1 par le New York Times cette année, elle accueille aussi bien une des fashion weeks les plus pointues qu'une nouvelle scène artistique politisée. C'est une génération créative qui voit le jour, cosmopolite et profondément africaine. Visite guidée à travers trois de ses quartiers les plus passionnants.

Long Street, le fief des noctambules

Lorsque l'on se promène sur Long Street, ce sont tout d'abord les bruits qu'on remarque le plus: un paysage sonore des plus variés, où se mêlent les voix des passants et les chants émanant des mosquées, le jazz joué dans les rues et les clubs, et les lectures de poèmes dans les bars.

Cette rue de 3,8 kilomètres, autrefois la plus longue de la ville, fut dans les années 1980 (quand l'apartheid était à son apogée) un lieu de contestation légendaire: des théâtres indépendants du quartier y jouaient des pièces antiségrégation provocatrices.

Aujourd'hui, ces rues animées à l'architecture victorienne colorée sont devenues le centre de la vie nocturne du Cap. Sa population locale, noire et aussi indienne, kurde, arabe, y apporte un métissage unique. Si certains lieux restent mythiques, comme le bar et la salle de concert Purple Turtle ou le restaurant Mama Africa (où on ne manquera pas de goûter au steak d'autruche ou aux crevettes piripiri mozambicaines), une foule de nouveaux espaces frémissants de vie et de créativité sont en train d'émerger.

Une soirée typique commence par une bière brassée localement, ou encore un café bio dans le café-boutique-épicerie Loading Bay. La nuit se poursuit avec un dîner à la Royale Eatery, légendaire pour ses hamburgers de gourmets. On peut continuer dans le même bâtiment, au rez-de-chaussée en s'offrant un cocktail raffiné à la Waiting Room, célèbre pour son décor rétro (pour ne pas dire colonial). Les plus aventureux iront danser au Julep, bar-speakeasy inspiré de la culture des Noirs du Sud des Etats-Unis où l'on peut écouter de la musique africaine, du blues et danser sur du funk.

Woodstock, le bastion émergent

Nichée non loin du centre, entre les docks de la montagne de la Table et les flancs du pic du Diable, cette banlieue proche du Cap, qui se distingue par son hôtel de ville d'un rose guimauve éclatant, fourmille aujourd'hui de fashion victims. Ce Brooklyn du cru à l'architecture urbaine populaire est traditionnellement peuplé de petites échoppes et d'espaces industriels -la plupart ayant aujourd'hui été reconvertis en galeries d'art et boutiques vintage. Le chemin pour arriver à cette effervescence a pourtant été rude.

Cet ancien hameau -qui doit son nom à ses petits chalets et huttes de pêcheurs-, a connu des heures sombres à la fin du XXe siècle, plombé par des problèmes de drogue et de violence. Depuis plusieurs années, Woodstock fait l'objet d'une large rénovation urbaine et attire une nouvelle génération d'artistes et de créatifs en tous genres. Au centre du quartier domine l'Old Biscuit Mill, une ancienne biscuiterie, qui abrite des dizaines de boutiques arty et galeries d'art. L'endroit est un must le week-end pour la bohème locale, qui y vient en famille pour chiner au marché aux puces. Samedi comme dimanche, commencez par déjeuner au très en vogue Pot Luck Club (sur réservation seulement). Ce resto très fusion (au penchant panafricain) propose, sous forme de tapas expérimentales, des compositions hautes en couleur, du type pastèque à la gelée de Campari ou poitrine de porc fumée au kimchi.

En guise de balade digestive, faites un tour chez les céramistes conceptuels d'Imiso, qui proposent des oeuvres ancrées dans une notion de modernité africaine pour encourager "une discussion avec notre histoire mais aussi le restant du monde", comme l'explique le fondateur, Andile Dyalvane, en définissant l'approche très arts & crafts. Et si vous avez l'estomac (artistique) solide, vous pouvez finir votre visite par le Blank Projects, un des lieux artistiques les plus controversés de la ville, pour la critique virulente que font ses membres du monde de l'art et de la société.

Camps Bay, plage et cocooning

Camps Bay est un des quartiers les plus pittoresques et cossus du Cap. Il s'étend sur la plage de sable blanc longée de palmiers, au pied des spectaculaires falaises de la montagne de la Table, truffées de petits restaurants et de bars. Ancienne région de chasse, elle attire aujourd'hui des cyclistes, des joggeurs et des familles en goguette la journée, et des adeptes de sorties nocturnes avec vue. Prévoir quelques heures au Camps Bay Retreat, un spa luxueux au coeur d'une réserve naturelle. On y propose un soin Mint Wellness, massages puisant dans les vertus relaxantes de l'huile essentielle de menthe, selon une philosophie holistique un tantinet New Age. On ne manquera pas d'aller dîner au Roundhouse Restaurant, pavillon de chasse reconverti en restaurant rustique chic, qui offre une vue à 360 degrés sur la ville. Et la nuit, après des cocktails dans les bars environnants, on peut assister à une pièce de théâtre au spectaculaire Theatre on the Bay, sur la plage même. Qui dit mieux?