C'est l'affaire d'une heure ou deux. Comme une parenthèse impromptue dans l'agenda surchargé du touriste aoûtien: "Dépêche-toi, chérie! On a vu les remparts de Carcassonne, si on veut faire les châteaux cathares, faut y aller" Funeste empressement. Car tous les joyaux historiques de la préfecture de l'Aude ne sont pas seulement sertis par les murs de la cité. Il existe une autre Carcassonne. Une ville dans la ville ceinturée de platanes immenses, délaissée, à tort, par les guides et les visiteurs. Par opposition à son auguste moitié, on l'appelle "la ville basse". Une ancienne bastide quadrillée de rues et de traverses, souvent piétonnes. Tous les samedis, dans la ville basse, c'est un feu d'artifice de couleurs, de senteurs et d'interpellations plus savoureuses les unes que les autres.
Médiévale
La chapelle du bastion, dit du Calvaire, de la bastide Saint- Louis, l'autre nom de la ville basse, était la " nouvelle Carcassonne " du XIIIe siècle.
Le marché qui se tient sur l'ancienne place aux herbes, rebaptisée place Carnot, est l'un des plus anciens et des plus courus du Sud-Ouest. Au Moyen Age, déjà, la foire de Carcassonne se tenait là sur ce vaste quadrilatère tracé par les arpenteurs royaux. Plus tard, on y guillotina Jeanne Establet, dite "Jeanne la noire". Aujourd'hui, on y vend des nectarines et des melons plus dodus qu'un pilier de l'Union sportive carcassonnaise.
Au sud il y a les carrons
Et puis, il y a tous les autres jours de la semaine pour se perdre dans un dédale de venelles, où se cachent, derrière des façades parfois décrépites, des hôtels particuliers aux plafonds Renaissance et des jardins emplis de torpeur. Comme le dit (presque) la chanson: au sud, il y a les carrons. Car c'est ainsi que l'on nomme les pâtés de maisons découpés par les rues perpendiculaires de la ville basse. Chaque carron mesure environ 70 mètres sur 30. Il suffit de franchir le seuil d'une vieille bâtisse que rien ne distingue des autres pour pénétrer dans un monde secret. Au 87 de la rue de Verdun, la maison Burlat s'ouvre sur un porche tapissé de panneaux de bois précieux menant à un jardin d'acanthes coiffé d'un palmier au tronc velu. Un deuxième passage débouche sur une cour plantée d'un érable et d'un tilleul à l'ombre duquel un chat siamois fait la sieste. Balade hors du temps et de la fureur touristique. Chaque carron recèle des splendeurs architecturales: maison du Sénéchal, hôtel de Roux d'Alzonne ou de Saint-André. Demain, promis, on fait les châteaux cathares!
