L'Express : Pourquoi avez-vous choisi d'investir dans le vin, qui plus est en famille ?
Pierre Gattaz : C'était à la fin de mon mandat au Medef. J'avais mené près de cinq ans de combat pour les réformes économiques et sociales, avec beaucoup de passion. Je voulais monter un projet entrepreneurial, territorial et environnemental, en phase avec mes valeurs. Or il y a tout dans un verre de vin : l'expertise locale, la météo, la géographie, la géologie, la nature, la religion, l'histoire. C'est l'excellence française ! Quant au côté familial, j'ai quatre enfants, deux filles et deux garçons. Je ne les ai pas beaucoup vu grandir. Avec mon épouse, nous les avons donc embarqués dans cette aventure. Cela a tout d'une start-up.
Comment les rôles sont-ils répartis ?
Chacun a son périmètre de prédilection : la production, le commerce, la communication... Et tous participent aux dégustations . Pas en même temps, mais en fonction de leurs agendas professionnels. Nous avons toujours un ou deux enfants au chai, au moins une fois par mois, et nous échangeons deux ou trois mails tous les soirs. Ce projet leur apprend le management, le calcul d'un prix de vente, les marges, les investissements, la créativité, l'innovation...
Pourquoi avoir choisi la Provence ?
J'ai toujours adoré cette région où j'allais en vacances chez mes grands-parents. Je suis imprégné de ses arômes, de ses lumières. Nous sommes tombés sur cette propriété dans le Luberon, qui a l'avantage de ne pas être pas trop loin de Paris en train. Le domaine appartenait à une Anglaise, veuve de l'éditeur Paul Hamlyn. Le domaine comprend 70 hectares, dont 35 hectares de vignes, et trois bâtisses, notamment une du XVIIe siècle et un moulin restauré... C'est un concentré de Provence, chargé d'histoire, mais le chai avait été détruit. Les grappes étaient vendues aux coopératives du coin. Nous avons alors décidé de recréer un chai de vinification... Le vigneron était ravi !
C'est vraiment une création à partir de zéro. Nous avons fait appel à un architecte local qui a conçu un très joli chai gravitaire de 40 cuves. Nous avons été certifiés bio en septembre 2020. C'était important pour moi. Nous essayons de faire un très bon vin. Le Luberon n'est pas une appellation connue, mais elle est en train de monter en gamme. Nous bénéficions d'un terroir composé de calcaire argileux au nord et de sables argileux au sud, situé à 350 mètres d'altitude. Il y a un vrai potentiel de développement. Nous avons la météo de la Provence et la géologie de Châteauneuf-du-Pape.
Justement, quelle est votre vision pour les prochaines années ?
Nous avons vendu 45 000 bouteilles en 2020, 65 000 bouteilles en 2021 et tablons sur au moins 80 000 cette année. Nous aimerions monter à 200 000 ou 300 000 bouteilles. Nous avons créé une boutique et développons une activité oenotouristique avec des rencontres littéraires et musicales, des circuits de sylvothérapie, des cours de yoga, ainsi qu'une activité événementielle.
C'est un projet autour du vin, bien sûr, mais nous associons la nature, le bien-être des visiteurs, la culture, le partage et la convivialité. Nous voulons faire vivre ce domaine. Nous avons recruté et essayons de participer au maximum à l'écosystème local. C'est un véritable investissement, avec une prise de risque, pas une maison secondaire pour rester au bord d'une piscine !
