A première vue, le château Le Sartre, avec sa jolie façade aux tons brique et son emplacement au milieu des vignes, a toutes les apparences d'une exploitation viticole classique. Mais si la production de vins constitue bien l'une de ses activités, il suffit de pénétrer au rez-de-chaussée pour comprendre qu'il s'y passe bien d'autres choses. Des casques de réalité virtuelle pour visiter les propriétés, une lampe solaire antigel... Ce matin-là, à Léognan (Gironde), des start-up présentent leurs projets innovants à des domaines et des acteurs du tourisme.
Aider les jeunes entrepreneurs
Un événement désormais habituel au sein de ce château acquis en 2017 par Bernard Magrez, copropriétaire d'une quarantaine de vignobles dans le monde, dont quatre grands crus classés du Bordelais. Aujourd'hui, Le Sartre accueille l'incubateur Start-Up Win - consacré à la vigne, au vin et à l'oenotourisme - , ainsi que le pôle recherche et développement (R & D) du groupe Magrez. Grâce à ce lieu hybride, l'homme d'affaires entend encourager l'innovation dans un secteur du vin réputé conservateur. "J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie, donc je me suis engagé très tôt dans le mécénat avec ma fondation, l'Institut culturel Bernard Magrez, raconte le magnat viticole. Avec cet incubateur, je souhaite aider de jeunes entrepreneurs à créer le futur du vin, tout en s'appuyant sur des valeurs sociétales et environnementales fortes."
Mais une place sous son aile se mérite ! Pour le lancement de l'incubateur, en 2021, 95 candidats se sont manifestés ; ils étaient 65 cette année, dont certains étrangers. "Cela signifie que nous sommes capables d'attirer l'innovation en France, c'est très encourageant !", se réjouit Sébastien Labat, le directeur du site.
Sur la cinquantaine de jeunes pousses ayant rejoint la pépinière, dix ont pu intégrer le coeur du dispositif : le programme Primeurs. A la clef, un accompagnement renforcé de douze mois, reconductible une fois, comprenant le partage d'expériences et les conseils de Bernard Magrez ; le suivi individuel d'une start-up manager de la technopole bordelaise Unitec ; des événements et des rencontres avec des experts du vin ; et un soutien à la communication. Les entreprises dont le projet nécessite d'être peaufiné peuvent, elles, être admises dans la catégorie Cépages, sorte de classe préparatoire à Primeurs.
Stimulantes synergies
Suivis depuis deux ans, Rodolphe Mondin et Julien Houssiaux travaillent sur une matière à base de marc de raisin rappelant le cuir, qui suscite déjà l'intérêt du monde du luxe. Ils saluent "l'appui et la structure apportés par l'incubateur". Une aide décisive pour leur start-up qui finalise cette année la phase de R & D et envisage une première levée de fonds. Avec, pour objectifs, un produit finalisé en 2023 et la création de leur propre manufacture dans l'Hexagone.
Parce que la richesse naît de la diversité, Start-Up Win inclut aussi des entreprises plus avancées dans leur développement, dont SmartBottle et ses étiquettes en réalité augmentée. L'un de ses fondateurs, Pierre Jeanne, le confirme : "Ici, les échanges et les synergies avec les autres start-up se révèlent très stimulants." Parmi elles, des alumni (Primeurs de l'année précédente) comme MyBalthazar, mais également des jeunes pousses du Club Millésimes, devenues entreprises autonomes, à l'image de D-Vine, dispositif connecté conçu pour servir de grands crus au verre.
