Cela fait tout juste trente ans qu'il a commencé sa carrière place Vendôme. Patrice Leguéreau est un fidèle. Après six années passées chez Cartier et onze chez Van Cleef & Arpels, il évolue à la tête de la création de la joaillerie Chanel depuis 2009. De sa passion pour le sport, il a gardé l'esprit d'équipe qu'il s'attache à insuffler. De sa formation à l'école Boulle et à l'Institut national de gemmologie, l'excellence du geste et la précision, qu'il perpétue. De sa maîtrise du dessin, un style, qu'il impose... dans le respect de celui de Gabrielle Chanel.

L'Express : Vous célébrez les 90 ans de "Bijoux de diamants" avec le lancement de la Collection 1932. Comment l'avez-vous pensée ?

Patrice Leguéreau : C'est toujours un exercice assez fort et émouvant de revenir sur cette collection qui marque vraiment le ton de la joaillerie Chanel, et de pouvoir créer des bijoux contemporains, dans la continuité, sans trahir l'ADN de la maison. Cette collection avait comme sources d'inspiration la couture et les astres. Pour cet anniversaire, j'ai choisi de me concentrer sur la comète, le Soleil et la Lune. Et sur leur rayonnement au travers de la lumière, de la brillance...

LIRE AUSSI : Lena Situations : "Je prends plaisir à jouer avec les codes du luxe"

Comment vous êtes-vous approprié l'esprit de la maison ?

Jeune, je collectionnais les belles publicités que je découpais dans les magazines. Je me souviens de toutes celles de Chanel : j'en aimais la composition, la couleur, les sujets, les photographies... C'est une marque qui a embarqué un jeune garçon un peu traditionnel, passionné également par le sport et les voitures. Dès le début, mon objectif a été de créer une joaillerie spécifique et d'offrir le meilleur. Je suis rentré dans ce rôle en m'imprégnant de l'univers de la maison, jusqu'à en oublier la technique.

Bague Soleil 19 août, inspirée de l'astre solaire, issue de la "Collection 1932 de Chanel

Bague Soleil 19 août, inspirée de l'astre solaire, issue de la "Collection 1932 de Chanel

© / L'Express

Quelle est votre définition de cet univers ?

Le point de départ, c'est vraiment la féminité. Ce sont des créations pensées pour des femmes libres, libres de leur vie et de leurs mouvements, et qui leur donnent de l'allure. C'est aussi la modernité, mais avec une touche d'intemporalité, ce qui est pour moi l'élégance ultime. Sans oublier la pureté, avec des collections dénuées d'éléments superflus.

LIRE AUSSI : Bruno Pavlovsky (Chanel) : "Le passé ? Une impulsion pour penser demain"

Quel est votre processus créatif ?

J'aime prendre beaucoup de liberté par rapport au bijou lui-même, mais chaque création a un sens et un lien avec Gabrielle Chanel. Le point de départ, ce sont des idées et une histoire que je raconte au travers de mes peintures et de mes dessins. Mes émotions, mes rencontres, mes voyages me nourrissent. C'est ensuite un travail d'équipe, avec des allers-retours et des échanges.

Comment parvient-on à rester moderne et intemporel à la fois ?

Il faut jongler, équilibrer : c'est la modernité dans les mots, les thèmes, la nouveauté des sujets, les créations, les dessins... mais avec des matières, des lignes très pures, avec la volonté d'aller à l'essentiel. Pour la Collection 1932, j'ai imaginé des pièces dans cet esprit de mouvement, de confort et d'allure, avec la possibilité de transformer le bijou selon ses envies et son style de vie. Pour apporter une note de fantaisie ­ et évoquer ma rencontre avec Claudie Haigneré et les équipes d'Airbus , j'ai aussi dessiné une broche satellite et une petite broche avec une fusée.