Au contraire d'un vêtement, un meuble est fait pour durer. Il est un paysage familier, un rythme dans un lieu domestique. Avec Michèle Lamy, sa femme et collaboratrice, le créateur de mode Rick Owens a commencé par imaginer du mobilier pour son usage personnel.

Rick Owens et son épouse, Michèle Lamy.
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Cette passion privée s'est développée, cristallisant ses exigences dans un style anticonformiste se jouant des volumes et des matières. En 2007, une collection est révélée à Paris pendant la Fashion Week, dans une palette chromatique destinée à réconcilier les ombres et la lumière. L'éternité du marbre, la pâleur translucide de l'albâtre, le brun fumé d'un bois fossilisé vieux de 500000 ans...
Depuis dix ans, le couple fait sculpter par des artisans surdoués toutes les nuances d'une nature originelle. Publié pour la première fois par Rizzoli, le portfolio de ces meubles brutalistes flirtant parfois avec l'Art déco se feuillette comme le portrait de créateurs qui n'ont cessé de repousser les limites du beau... et du confort. Les toilettes sont en marbre de Carrare, les tabourets aux arêtes tranchantes sont couronnés de bois d'élan, le lit monumental ressemble à un autel sacrificiel.
"Je pense d'abord aux lignes, explique Rick Owens, dont les designers fétiches ont pour nom Eileen Gray, Jacques-Emile Ruhlmann, Luigi Moretti ou Joe Colombo. Je n'essaie pas de faire quelque chose de particulièrement spirituel ou surprenant, mais d'imaginer un objet avec lequel j'ai envie de vivre. J'ai la même approche que pour créer des vêtements: je cherche une grâce raisonnable et humble."
Rick Owens: Furniture, éd. Rizzoli, avril 2017, 200 pages, 56,70 euros.
