Cliquez sur la vidéo ci-dessous pour écouter les pires et les meilleurs souvenirs des créateurs filmés dans Le Jour d'avant:
C'est un génial précipité de mode. Un concentré de ce qui fait le sel de ce milieu, le meilleur (souvent) et le reste. Loïc Prigent, auteur de documentaires, dont Signé Chanel et Marc Jacobs & Louis Vuitton, a suivi Karl Lagerfeld chez Fendi, Jean Paul Gaultier, Sonia Rykiel et le duo américain Proenza Schouler pendant les quarante-huit heures précédant l'acmé de leur métier, le show. Avant cet instant de grâce, il capte les angoisses, l'hystérie qui monte, les nerfs qui lâchent, le rire qui sauve...
Producteur de 26 minutes de célébrité sur Canal +, réalisateur, pigiste de luxe pour Vogue, Loïc Prigent accomplit la prouesse d'être à la fois au coeur du système -encensé par tous les créateurs- et en marge de lui, distillant une ironie discrète. Il voit tout. La directrice artistique un peu lascive, le mannequin anorexique jurant qu'elle se bâfre, le créateur exultant devant une top-modèle parfaite parce que sans seins, le poids économique des accessoires ("Montre le sac!" enjoint-on aux filles), le Karl surjouant le méchant -répondant, à la question "Pourquoi faites-vous de la mode?": "Est-ce qu'on demande à une pute pourquoi elle fait le trottoir?"
Surtout, il pose un regard particulièrement attentif et presque affectueux sur les artisans et les ouvrières des ateliers, ces mains de génie qui, dans l'effervescence, cousent les grandes robes avec leurs petits gestes. On rit aux larmes devant la gouaille des Italiennes. On frémit devant le miracle des collections qui se joue sous nos yeux. "Ici, on est à Paris, mais un peu à Lourdes aussi!" confie une couturière chez Jean Paul Gaultier, en retard devant l'éternel.
Partout, Loïc Prigent a filmé avec une liberté totale. "Même si la mode porte des enjeux colossaux et que le discours sur elle est tétanisé depuis quelques années à cause des annonceurs, elle est drôle et pleine de vie. C'est de la comédie!"
