Sur cette image de Grace Kelly prise en 1968, je vois l'actrice dans une attitude de princesse glamour et sereine", raconte Bruno Frisoni, directeur artistique de Roger Vivier. A son côté, on reconnaît Fred Astaire, alors en plein tournage de La Vallée du bonheur, comédie musicale d'un jeune réalisateur prometteur, Francis Ford Coppola. A ses pieds, les célèbres ballerines Belle de jour, auxquelles fait écho le modèle Marlene, à talon en métal, du printemps-été 2013.
De 1950 à 1960: l'âge d'or des souliers Vivier
Les vraies stars du beau livre dédié à Roger Vivier sont les souliers, évidemment. Photographiés comme des oeuvres d'art, croqués sur des gouaches découpées à la manière de Matisse ou mis en scène dans des magazines d'époque, ils racontent sur un rythme endiablé l'histoire de la maison française. Mais sans nostalgie ni détours: on entre d'emblée au coeur du mythe. Dans les années 1950 et 1960, cet âge d'or durant lequel le chausseur posa les bases de son art, inventant un vocabulaire des talons fabuleux -l'aiguille, le "virgule" ou le "choc"-, détournant les plumes et les perles de la haute couture sur les souliers. Et collaborant avec ses grands acteurs: Christian Dior et Yves Saint Laurent.
La tyrannie actuelle des talons vertigineux
Très vite, les versions contemporaines -et tout aussi sculpturales -deBruno Frisoni, chargé de réveiller, en 2002, cette belle endormie acquise par le groupe Tod's, s'immiscent, pour mieux faire ressortir la modernité des archives. Et vice versa. Sa Belle de nuit en cuir argent du printemps 2012 succède à la Belle de jour créée pour Yves Saint Laurent en 1966, rendue célèbre par Catherine Deneuve dans le film de Luis Buñuel.
Ce beau livre d'images (environ 300) recèle aussi des textes étonnants. Une interview sans tabous de Catherine Deneuve, justement, qui dénonce la tyrannie actuelle des talons vertigineux -"Les femmes veulent-elles aujourd'hui se caricaturer?" s'interroge-t-elle-, et de Cate Blanchett. Mais aussi un essai de la journaliste Virginie Mouzat intitulé Consentir au martyre. Un programme chargé et prestigieux, donc, mais toujours léger, à feuilleter comme le magnifique album de la famille Vivier.
Roger Vivier, Editions Rizzoli, 340 pages, 65 euros.
