Du noir, de la tête aux pieds, un bracelet en diamant et des tatouages envahissant ses avant-bras. Ce rockeur n'est autre que Fausto Puglisi, créateur de 37 ans et figure de proue de la nouvelle garde milanaise. Nommé directeur de création chez Emanuel Ungaro en 2012, il y insuffle un vent de rébellion. Fausto a grandi en Sicile, théâtre d'un véritable brassage de cultures. "Tout s'y mélange, la grande richesse et la pauvreté, le catholicisme et l'ultrasexy. Cette fusion a été mon école", assure-t-il.
Fan assumé de Versace, il débute de façon atypique comme assistant du photographe David LaChappelle, à Los Angeles, puis de la styliste Arianne Phillips, qui a pour cliente Madonna. De fil en aiguille, Puglisi dessine les costumes de scène de la chanteuse, qui perçoit chez lui un réel talent. Avec Beyoncé, Katy Perry, Nicki Minaj, il gagne une "street crédibilité" et lance sa marque en 2006, soutenu par l'excentrique rédactrice Anna Della Russo.
Son style très visuel, entre guerrière gréco-romaine et chanteuse punk, séduit la maison Ungaro. Laquelle peine à trouver créateur à son pied depuis le départ de son fondateur, en 2005 -sept directeurs artistiques s'y sont succédé, dont la starlette Lindsay Lohan. Mais il semblerait que Fausto Puglisi soit la perle rare. "Le clash entre masculinité et féminité extrêmes, la juxtaposition des imprimés, un classicisme détourné: c'est tout le style Ungaro, mais cela fait aussi partie de mon ADN", explique-t-il.
Pour sa collection printemps-été 2014, il a fait le pari audacieux de transformer le froufrou en accessoire androgyne. En le greffant sur des tenues épurées et militaires, il exprime une féminité forte et doucement contestataire. Quant à sa collection pre-fall, incarnée par le mannequin rock Jamie Bochert, elle juxtapose imprimés python et pantalons d'homme classiques. Car, pour lui, "le vrai chic, ce n'est plus l'élégance mais la liberté". Qui dit mieux?
