Avec cette inauguration, vous allez vivre un automne très parisien...

Et j'en suis ravi. J'entretiens, depuis toujours, une relation très forte avec Paris. Ma mode y est née, d'une certaine façon, puisque c'est ici que j'ai organisé mon premier défilé. A l'époque, il n'y avait pas encore de Fashion Week pour l'univers homme et j'ai présenté mon travail dans les salons d'un petit hôtel, carrefour de l'Odéon.

C'était il y a tout juste quarante ans et, depuis, c'est ici que je présente toutes mes collections masculines. Je suis toujours resté fidèle à la France et elle me le rend bien puisque j'ai été décoré de la Légion d'honneur en février dernier.

Vous vous installez 15, rue de Marseille (Xe). Pourquoi ce quartier ?

J'avais envie de m'installer dans un environnement différent de la Rive gauche ou de Saint-Honoré. Je souhaitais toucher un public plus jeune, avec notamment mes secondes lignes, plus sportswear et plus accessibles. Et j'ai récemment découvert la rue de Marseille et j'ai été fasciné par son énergie créative. Ses galeries, ses cafés...

Vous vous adressez à un public plus jeune sans trahir vos fidèles. Comment séduire toutes les générations ?

Mon secret, c'est que je n'y pense pas ! Plus sérieusement, cela tient à ce côté androgyne qui a été précurseur et qui représente l'ADN de la maison, mais, pour le reste, j'agis de façon instinctive. Bien des marques prennent le conseil de consultants pour rester connectées aux jeunes générations.

Moi, je parcours le monde, je me passionne pour toutes les formes d'art, je me nourris des réseaux sociaux. Ce côté transgène rationnel de la marque tient sans doute à cela. Et il est vrai que beaucoup de filles et fils de mes clients viennent s'habiller chez moi.

Les jeunes achètent sur Internet. Pourquoi alors une nouvelle boutique ?

Cette question est centrale pour toutes les marques de mode. Chez nous, la vente en ligne a augmenté de 19 % en un an ! Cela tient à l'attrait d'Internet mais pas seulement. Les gens n'ont plus le même plaisir à acheter. A Londres, notamment, les choses sont devenues très difficiles. Il faut désormais payer une taxe de 10 livres pour entrer dans la ville, le parking le moins cher vaut 20 livres par jour, les rues sont constamment encombrées et les loyers de plus en plus élevés.

Savez-vous que certains créateurs ont décidé de quitter Londres pour s'installer à Margate, dans le Kent, une petite cité de la côte célèbre pour son musée dessiné par David Chipperfield et désormais pour la vitalité de sa création. Mais c'est la preuve que les boutiques restent indispensables...

Dans un tel contexte, pourquoi vous semblent-elles si précieuses ?

Parce qu'elles restent l'âme d'une maison. Même si elles véhiculent le même esprit, chacune de mes boutiques est différente. On y trouve mes collections, bien sûr, mais aussi des murs de photos, des livres anciens, des expositions d'objets vintage qui changent régulièrement... Autant de choses non commerciales, mais essentielles.