L'événement Fashioned from nature, qui vient de démarrer au Victoria & Albert Museum de Londres, ne pouvait pas mieux tomber. En explorant la relation entre l'habillement et la nature à travers des pièces réalisées à partir de végétaux ou imitant les animaux, une exploration des nouvelles technologies plus vertes, le célèbre musée anglais se fait le promoteur d'une création eco-friendly qui a le vent en poupe.
La preuve, le site Internet dédié à l'industrie de la mode, Business of Fashion identifiait récemment la question de la durabilité comme l'un des grands défis du secteur textile, reconnu aujourd'hui comme l'un des plus polluants au monde.
Cinq ans après la catastrophe du Rana Plaza, les initiatives se multiplient pour ancrer la mode dans un système de valeurs plus vertueux. Ce qui n'était encore récemment qu'un argument marketing pour de nombreux labels devient peu à peu une réalité.
Des grands groupes de luxe comme Kering, qui vient de lancer un partenariat avec le London College of Fashion pour sensibiliser les designers de demain à une mode consciente, aux initiatives comme Fashion Tech Lab, la plateforme lancée par l'entrepreneuse russe Miroslava Duma pour mettre en relation les marques avec des laboratoires de recherche sur les nouvelles technologies green, la mode voit son avenir en vert.
L'industrie : point zéro d'une révolution éthique
Pour inscrire le système mode dans une démarche plus durable, tout commence par le textile. Aux Philippines, l'entreprise Piñatex a pris le pari de relancer un artisanat vieux de plusieurs siècles : la confection d'un matériau qui ressemble à s'y méprendre à du cuir, réalisé à partir de feuilles d'ananas teintées à l'aide de colorants naturels.
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La marque Hugo Boss l'adopte cette saison sur une ligne de chaussures masculines 100% vegan. De la même manière, l'entreprise Orange Fiber produit depuis 2016 des fibres textiles à partir de résidus de peaux d'agrumes issus de l'industrie agro-alimentaire et récemment adoptées par la marque italienne Salvatore Ferragamo.

Chaussures en fibre d'ananas, Boss.
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D'autres marques, comme The Reformation, porte-parole américain d'une mode éthique hautement désirable, privilégient l'utilisation de Lyocell, matière obtenue à partir de bois d'eucalyptus, qui peut pousser même sur des sols infertiles et ne nécessite que très peu d'eau.
Achat raisonné, par où commencer?
Eva Fontanelli, styliste italienne et consultante en mode éthique, oeuvre à sensibiliser le public à un meilleur comportement d'achat. Voici ses conseils. "Il ne faut pas céder à la tentation d'acheter au rabais pour faire des économies. Un jean qui coute 30 euros ne peut pas avoir été produit dans des conditions décentes. Plutôt que de s'offrir chaque année des dizaines de pièces de grande distribution qui s'abîmeront en un clin d'oeil, il est plus raisonnable de mettre le prix dans des vêtements, dont la qualité est telle qu'ils tiendront des années.
Il est aussi important de s'informer : cherchez sur Instagram les marques qui utilisent les hashtag #sustainablefashion ou #ecofashion, lisez scrupuleusement les étiquettes de composition et renseignez-vous sur Internet sur les conditions de production des marques. Ensuite, misez sur la seconde main, surtout en ce qui concerne le cuir et la fourrure. Acheter une vraie fourrure qui a déjà vécu et tiendra encore des années peut être un acte plus militant que d'en acheter une fausse et de contribuer ainsi à la production de plastique."
Les marques à suivre
Oubliez vos préjugés sur le caractère peu désirable de la mode éthique, il existe aujourd'hui des dizaines de marques intègres qui n'ont rien à envier aux plus grandes. Si la créatrice Stella McCartney s'est faite pionnière en la matière, la nouvelle génération n'est pas en reste, à commencer par Marine Serre, jeune créatrice basée à Paris, qui imagine des vêtements futuristes à partir de pièces de récup.

Robe de Marine Serre réalisée à partir de vêtements recyclés, automne-hiver 2018.
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Le Français Sebastien Kopp, fondateur de la marque Veja et du concept store parisien Centre Commercial (2, rue de Marseille, Paris Xe), s'est également illustré avec ses baskets en matériaux recyclés et leur semelle en caoutchouc sauvage. La marque espagnole Two Thirds propose quant à elle des pulls de très bonne qualité produits à partir de fibres naturelles.
Chez Toasties, vous trouverez des accessoires réalisés à partir de chutes de cuir et de peaux. A Paris, La Textilerie (22, rue de Château Landon, Paris Xe), ouverte au mois de janvier, propose des vêtements de seconde main, des tissus bios, mais aussi un espace de recyclage et la location de machines à coudre pour qui voudrait confectionner ses propres habits.
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La marque Skiim, vendue au Bon Marché, produit des pièces haut de gamme à partir de cuirs issus de l'industrie de la viande biologique, et le fourreur Yves Salomon lance tout juste sa ligne Pieces, des modèles uniques conçus à partir de chutes de fourrure ou d'invendus. Le monde du sous-vêtement n'est pas en reste : la marque suédoise Swedish Stockings imagine, dans des ateliers 100% éco-friendly, collants et chaussettes à partir de déchets de nylon. La liste est encore longue, à vous de jouer.

Les accessoires fabriqués à partir de chutes de cuir ou de peaux de la marque Toasties.
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