L'Express Dix : Quelle est votre activité habituelle ?
Frédéric Biousse : Je dirige le fonds d'investissement Experienced Capital - créé avec Elie Kouby et Emmanuel Pradère - qui investit dans les marques de Luxe abordable : Balibaris, Soeur, Sessùn, Figaret, Maison Standards, BAM Karaoke, Oh My Cream, LA Bruket, Le Slip Français, Dynamo.
Comment le Covid 19 l'a-t-il transformée ?
Toutes nos boutiques sont fermées, nos bureaux aussi. Notre équipe de 14 experts est en télétravail.
Comment vous êtes-vous réorganisé ?
Dès le début du confinement, nous avons engagé une course contre la montre pour transmettre des informations cruciales pour nos marques : les conditions d'instauration du chômage partiel, les demandes de prêts Le Maire, les différents plans d'action pour mettre les sociétés à l'abri. Autant dire que ça a été des journées de télétravail très intenses, en moyenne 7 heures de visioconférence par jour, et ce n'est pas fini. J'ai parfois l'impression que mon oreillette fusionne avec mon oreille ! Pour décompenser et m'oxygéner, je me programme à 18h30 un entraînement Instagram avec Punch Boxing ou Dynamo avant une balade dans le jardin, avec nos 2 chiens.

Frédéric Biousse en télétravail chez lui, comme toute son équipe.
© / SDP
Avez-vous pu tisser des réseaux de solidarité ?
Solidarité avec nos marques tout d'abord, et cette crise a encore resserré nos liens avec leurs équipes. Solidarité ensuite avec la filière Prêt à Porter et la Fédération, avec laquelle nous pensons à de multiples initiatives : un éventuel report des soldes au mois de juillet, une réflexion autour des cadenciers de livraison pour l'Automne-Hiver.
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Quels sont vos objectifs pour les prochaines semaines ? Et vos pistes de réflexion ?
Payer nos fournisseurs dans les délais habituels, ce qui est fondamental à nos yeux. Garder notre personnel et faire que chacun se sente investi et soutenu. Nous encourageons les newsletters internes qui parlent de la vie des uns et des autres, afin de garder un lien fort. Pour la suite, je pense que l'on n'estime pas encore à sa juste mesure le changement majeur qui se dessine et durera sans doute des années. Les modes de consommation vont changer. J'avais déjà constaté une évolution ces derniers mois, je pense que celle-ci va s'accélérer autour d'une consommation plus responsable, tournée vers des marques qui véhiculent des valeurs, une recherche de sens. Vers des fabricants que l'on connaît, dont on sait la chaîne de production. Aujourd'hui encore, 90% du lin produit en France est transformé en Chine ! Tout doit donc être reconstruit, repensé. Nous devons aller vers des choses justes. Quitter le marketing pour plus de vérité, avec des prix de vente qui correspondent davantage à la réalité. C'est vrai aussi pour les autres secteurs. On va consommer des fraises mais pas du Chili. On va privilégier les petits producteurs et les bistrots qui offrent des bons produits, cuisinés de façon simple et sourcés localement. On va repartir en voyage, mais pas forcément à l'autre bout du monde.
Globalement, comment voyez-vous la suite ?
Cette crise est terrible, mais elle offre l'opportunité de tout repenser. Dans l'entreprise, elle va redéfinir les relations. La façon de se dire bonjour, de se parler, de déjeuner ensemble, de travailler ensemble. On observe déjà des phénomènes très positifs. Beaucoup de salariés au chômage partiel disent leur envie de redémarrer, pour soutenir leur entreprise mais aussi parce qu'on redécouvre tous à quel point le travail est important dans nos vies. Il structure nos journées, permet de tisser des liens. Sur un plan personnel, cette crise nous fait redécouvrir nos familles, prendre conscience que nos amis nous manquent. Nous sommes dans une période d'incertitude, d'absence de visibilité. Face à cela, il faut nous concentrer sur le présent. Vivre au mieux, se faire du bien, faire du bien à l'autre.
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Quels projets, nouveaux champs d'action ?
Des projets en réaction ou en prospection, mais toujours à court terme car on ne sait pas où nous en serons dans un an. Nous regardons des investissements dans le domaine de la santé, dans la cosmétique clean care, dans l'alimentation raisonnée, dans la restauration et l'entertainment. Des secteurs qui concernent le bien-être, la vie du temps présent, le plaisir sain et partagé.
Quel conseil donneriez-vous à un autre entrepreneur ?
Je pense qu'il faut remettre en cause la totalité de nos business models. Apprendre à surfer sans visibilité, être agile pour pouvoir décider à la dernière minute et ainsi minimiser les risques. Être responsable pour préserver la pérennité de son entreprise et préserver l'emploi. C'est aussi l'occasion de repenser ses valeurs, et celles de son entreprise.
Selon vous, que va-t-on apprendre ?
Que rien n'est jamais acquis, que tout peut s'effondrer du jour au lendemain. En tant qu'entrepreneur, il faut rester humble, servir son client le mieux que l'on peut, accepter d'avoir tort et se forcer à changer quand c'est nécessaire. Sur un plan plus personnel, mais aussi citoyen, il est important de conserver une certaine légèreté et... il faudra aussi profiter de la vie après le déconfinement ! Aller au restaurant, au théâtre, au cinéma, voyager, s'offrir quelques coups de coeur. Consommer pour se faire plaisir, et relancer l'activité !
