Le 2 septembre, l'acteur Timothée Chalamet apparaît dans une combinaison dos nu à la Mostra de Venise. L'image fait le tour des réseaux sociaux. Deux ans plus tôt, Harry Styles, ex-chanteur du groupe britannique One Direction, pose, lui, seul en couverture du Vogue américain. Une première en cent vingt-sept ans, qui surprend la planète mode. La star porte une robe et une veste signées Gucci.
Ces deux icônes des temps modernes normalisent une allure ouvertement "gender fluid", qui oscille donc entre masculinité et féminité. L'allure androgyne et audacieuse d'Harry Styles a d'ailleurs séduit les marques Alled-Martinez, Lanvin ou Gucci, qui l'a même choisi comme égérie dès 2018.
Fluidité du genre
Directeur de la création de 2015 à novembre dernier, Alessandro Michele a fait de Gucci la première griffe de luxe officiellement unisexe. "Il revendique cette fluidité du genre dans ses pièces et propose une alternative à la norme binaire, qui a toujours été à l'oeuvre dans la mode", explique Caroline Courbières, sémiologue, professeure de Sciences de l'information et de la communication à l'université de Toulouse. Genderless, gender fluid, no gender... Les anglicismes ne manquent pas pour qualifier cette tendance revendiquée par la "Gen Z", ultra-connectée et en quête d'identité. "La mode a continuellement reflété les pendants de la société, c'est la définition même d'être dans l'air du temps, précise l'experte. Les marques s'en inspirent, et y voient un marché très prometteur."
Du côté des femmes, aussi, les lignes bougent. A l'image des derniers défilés printemps-été 2023, où l'on a vu les créateurs s'emparer de l'idéologie du genre et redéfinir les codes. "Les genres disparaissent peu à peu. Chaque personne peut aimer un vêtement, peu importe qu'il soit initialement prévu pour un homme ou pour une femme. C'est ce que je veux exprimer dans mes collections", souligne Adrien Albou, directeur artistique de la ligne masculine de Paul & Joe.
Un garçon au féminin
Si le style non genré a longtemps été associé à des femmes à l'allure plutôt masculine, à base de jeans et de chemises ultra-larges, les hommes osent désormais la féminité. "Je m'inspire tellement de la femme pour créer et concevoir mon vestiaire masculin... Je me demande à chaque fois si une fille pourrait le porter", poursuit Adrien Albou. Cette mixité s'exprime dans les silhouettes choisies et les matières. "Quand je crée des vestes de costume, je les fais très cintrées au niveau de la taille et plus larges en bas. Je privilégie des tissus souples, légers. Pour donner de l'allure, de la féminité", ajoute le jeune créateur.
La mode non genrée ne se résume donc plus uniquement à effacer les sexes, mais plutôt à les transgresser. "J'ai constamment pioché dans le vestiaire de JS et lui dans le mien", raconte Alice, à l'origine, avec son compagnon, JeanSébastien aka JS, du compte Instagram Jaimetoutcheztoi, qu'ils nourrissent chaque jour de looks quasi interchangeables. En parallèle, une mode unisexe perdure. Suivi par plus de 338 000 followers, le couple vient de signer la première ligne des chaussures Jonak, baptisée Fe/male, tandis que pour sa collection automne-hiver 2022-2023, The Kooples propose les mêmes looks pour l'homme et la femme (photo ci-contre). Il n'y a plus de règles, plus de normes. On mixe les genres, on mélange les influences. L'essentiel ? Affirmer sa liberté.
