Yves Saint Laurent a toujours dit n'avoir eu qu'un regret: ne pas avoir inventé le blue-jean, qu'il décrivait comme la pièce du vestiaire moderne "la plus spectaculaire, pratique et nonchalante". Pourtant, ce vêtement a tout d'abord été conçu pour les mineurs à l'époque de la révolution industrielle. Ses débuts ouvriers lui vaudront de devenir un symbole de ralliement à la classe prolétaire et l'étendard de la jeunesse rebelle. Dans les années 1950, Marlon Brando et James Dean (mais jamais Elvis Presley, à qui ce pantalon rappelle ses origines modestes) construisent sa légende d'icône bad boy, qui sera poussée à l'extrême - en version élimée jusqu'à la trame - par les rockeurs ou les punks comme Johnny Rotten.

Chez les femmes, le denim se découvre vite des vertus émancipatrices. Pensés pour la vie au ranch, les premiers Levi's pour filles apparaissent dans les années 1930. Ils serviront d'uniforme à de grandes figures féministes comme Rosie la riveteuse posant sur l'iconique poster "We Can Do It !" en combinaison de toile de Nîmes. Plus tard, le jean témoignera d'un nouveau sex-appeal libéré, surtout quand Marilyn Monroe l'adoptera en version taille haute dans Les Désaxés, de John Huston. Quant à Madonna, elle osera le look denim intégral dans les années 1980 pour son côté démocratique, et donc fédérateur. Aujourd'hui, "le jean est devenu acceptable en toute occasion, il atteint un niveau de sophistication et de high-tech jamais vu, analyse Pascaline Wilhelm, directrice mode au Salon Première Vision Denim. Il se fait donc ultraléger, technique, aérien et surtout portable en toute saison". Et les créateurs ne sont pas en reste: de Rihanna en robe bleue dans la campagne Balmain à Emma Watson en look total jean sur la couverture du Elle Grande-Bretagne, la bonne vieille toile de Nîmes nous promet une allure protéiforme et sans frontières.