C'est la première fois qu'il se confie dans les pages d'un magazine féminin. A l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, qui aura lieu le 8 mars, le magazine ELLE s'est entretenu avec le président de la République, François Hollande. L'occasion pour lui de se confier sur sa vision du féminisme, de la famille et sur les femmes qui ont marqué sa vie.
Bientôt un "Ministère des Familles"
D'abord interpellé sur l'intitulé jugé "réactionnaire" de son nouveau ministère de "la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes", le président se défend: "Pourquoi laisserions-nous aux conservateurs ce thème de la famille dans ce qu'il a de plus beau: la possibilité de faire des enfants ou d'en adopter, puis de les éduquer?" Il profite de l'entretien pour apporter une rectification: "Je vous annonce d'ailleurs que je vais corriger cet intitulé de 'Ministère de la Famille' au profit de 'Ministère des Familles', afin de les reconnaître toutes, les recomposées, les monoparentales , de même sexe."
L'entretien est notamment l'occasion de revenir sur l'affaire Jacqueline Sauvage, partiellement graciée après avoir tué le compagnon qui la battait.
S'il n'est pas prêt à "modifier la légitime défense", François Hollande assure qu'il "faut prendre d'infinies précautions. Je sais que des parlementaires y réfléchissent avec des associations. J'attends leurs conclusions." Sur la question du harcèlement dans la rue ou dans les transports en commun, le président se dit prêt à "changer la loi": "C'est la place des femmes dans notre société qui est en jeu. [ ...] Le harcèlement est une atteinte à la liberté d'aller et venir mais aussi de s'exprimer, de travailler. Bref, c'est une violation sournoise des droits les plus fondamentaux des femmes."
"Je suis donc féministe! Et toujours socialiste"
Féministe François Hollande? Le président rappelle que celle qui est ministre de la Famille, Laurence Rossignol, avait proposé la définition suivante du socialisme il y a une dizaine d'années, lorsqu'il était premier secrétaire du Parti: "Etre socialiste, c'est être féministe." "Nous en avions débattu car, pour certains, la proposition n'allait pas de soi, explique François Hollande dans ELLE. Mais elle l'avait emporté car comment prétendre vouloir l'égalité sans, au préalable, affirmer celle entre les femmes et les hommes? Je suis donc féministe! Et toujours socialiste."
François Hollande évoque aussi son éducation, avec un père médecin et une mère infirmière qui lui a "ouvert les yeux sur la situation des femmes. [...] Et puis j'ai compris une chose fondamentale. C'est que les droits des femmes sont au service de l'épanouissement de la société toute entière. La place qu'on leur fait est un révélateur de l'état d'un pays, de sa maturité démocratique comme de sa modernisation économique. Il n'y a de bonheur que dans l'égalité."
"Je faisais les courses ou la cuisine"
Outre la figure maternelle, ce sont les exemples de Simone Veil, Geneviève de Gaulle-Anthonioz ou encore Yvette Roudy, "qui fit adopter la première loi sur l'égalité professionnelle en 1983", que le président met en exergue. Selon lui, la chancelière allemande Angela Merkel est aussi "un exemple de volonté et de réussite pour beaucoup de femmes. Elle sera peut-être surprise par ma déclaration", s'amuse François Hollande.
Interrogé sur son propre rôle de père -François Hollande et Ségolène Royal ont quatre enfants-, le président de la République tient d'abord à rendre hommage à celle qui fut sa compagne pendant près de 30 ans: "Elle a été, comme beaucoup de femmes, capable de concilier sa carrière et sa vie de famille. Pour ma part, j'ai essayé, autant que possible, d'être présent. Je faisais les courses ou la cuisine. Je m'occupais des enfants aussi. Je leur racontais des histoires le soir, je les emmenais faire du sport. Mais, si vous interrogiez Ségolène Royal, j'imagine qu'elle vous confierait que je n'en ai sans doute pas fait assez... Et c'est vrai: je regrette de ne pas en avoir fait davantage. Ces moments-là sont tellement beaux dans une vie, que de les avoir laissés s'échapper suscite en moi un immense regret. Le partage des tâches est une condition du bonheur familial."

François Hollande, Ségolène Royal et leurs enfants en 2001.
© / Gorassini-Khayat/ABACA
"C'est devenu très compliqué pour tout conjoint de responsable politique"
Si aujourd'hui ses enfants sont grands et qu'il ne cuisine évidemment plus pour eux -même s'il affirme n'avoir "perdu ni les recettes, ni la main"-, François Hollande avoue aimer "par-dessus tout les repas de famille. C'est là que tout se construit. Les conversations, les échanges, les disputes."
Malgré quelques tentatives des journalistes du ELLE, François Hollande ne souffle pas un mot sur Julie Gayet, mais confie simplement que sa fonction rend les choses difficiles à vivre pour son entourage, "surtout s'ils sont exposés aux médias et à toutes les rumeurs qui circulent sans le moindre fondement. C'est devenu très compliqué pour tout conjoint de responsable politique, quelle que soit son activité. Et a fortiori celle de Président."