"Je ne pouvais plus respirer." Après la mort de sa soeur Kate Barry en décembre 2013, Charlotte Gainsbourg a dû s'exiler aux Etats-Unis. "J'espère que je saurai, un jour, regarder Paris à nouveau, sans que ça soit douloureux", confie-t-elle à Télérama dans une interview-fleuve publiée le 21 janvier. "Les Américains sont toujours positifs. Ça ferait gerber mon père, mais ça me fait du bien. Je sais que c'est factice, mais ça m'aide", ajoute l'actrice qui n'est "pas sûre d'avoir beaucoup d'appétit pour le cinéma aujourd'hui".

J'ai grandi avec l'idée que le malheur est séduisant

A New York, Charlotte Gainsbourg travaille actuellement sur un nouvel album. "50% de mes nouvelles chansons sont en français, j'avais besoin d'oser le faire pour franchir une étape, explique-t-elle. C'est important de me situer par rapport à mon père. Mon vocabulaire vient de ses textes, de ses chansons (...) J'ai tellement entendu ses chansons dans mon enfance. (...) J'ai l'impression de me réapproprier un langage qui pourrait être le mien. Je ne recherche surtout pas la comparaison." De Serge Gainsbourg, elle dit tout de même avoir hérité le spleen: "J'ai grandi avec l'idée que le malheur est séduisant. La mélancolie tenait une grande place dans nos vies et il savait la mettre en scène. (...) Il aimait la noirceur. Un ciel bleu, il ne voyait pas quoi en dire. Mes parents ne m'ont pas appris à vivre joyeusement."

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La fille de Jane Birkin se souvient de la première fois où elle s'est rendue à New York, pour enregistrer Lemon Incest avec son père. "Je n'avais aucune conscience de ce que je faisais", admet-elle. Charlotte Gainsbourg avait seulement 13 ans: "Je suis étonnée par la liberté totale dans laquelle je vivais alors. Avec mes trois enfants aujourd'hui, ça me semble dingue. Adolescente, je n'avais aucune restriction d'heure. Je me souviens que je mentais aux autres enfants, pour avoir l'air normale, en disant que je devais rentrer à minuit."

Interrogé sur l'intérêt de Serge Gainsbourg pour le cinéma, sa fille répond sans détour: "On n'allait pas au cinéma ensemble. Je crois qu'il n'a jamais mis les pieds dans une salle!" Pourtant, il tenait à lui transmettre ses goûts: "Il me montrait des films d'horreur qu'on regardait sur son lit. (...) C'était un rituel. Chaque week-end. On décidait soigneusement de ce qu'on allait voir. Mes plus belles années! Même s'il ne s'occupait pas beaucoup de moi, concrètement, et laissait ça à sa compagne, Bambou, il m'a donné des repères très nets. Il choisissait les oeuvres dont il voulait qu'elles m'accompagnent toute ma vie."

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Jane Birkin et Bambou.

Jane Birkin et Bambou.

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