Fougueux, spontané, sincère, charmant. Prévenant, avec ça. Alain-Fabien Delon, 24 ans, n'est pas le "fils de" arrogant que d'aucuns croient. Mannequin et acteur, il s'expose aussi en publiant un premier roman prenant, De la race des seigneurs, dont le jeune narrateur a pour père un monstre sacré du cinéma. Si toute ressemblance n'est pas fortuite, l'auteur revendique sa liberté de création. Et son propre style.

L'Express : Faire des photos de mode influence-t-il votre manière de vous habiller ?

Alain-Fabien Delon : Pas du tout ! Je n'ai aucun style vestimentaire. J'adore les belles matières, les bonnes coupes des créateurs pour qui je pose. Mais au quotidien, je ne me prends pas la tête, ne porte que des Adidas, un pantalon Uniqlo bleu marine passe-partout, un tee-shirt - blanc de préférence.

Admettez que votre roman est de style largement autobiographique...

Disons qu'il s'inspire de certains pans de ma vie, à une certaine époque. C'est un mélange de vrai et d'inventé, dans des proportions que je suis le seul à connaître, et sur un mode dramaturgique. Le titre ne fait pas référence au film La race des seigneurs, où mon père a joué, que je n'ai jamais vu, mais à cette phrase qu'il me martelait quand j'allais mal: "Tu es un Delon, mon fils, tu es de la race des seigneurs, ne l'oublie jamais et tu réussiras." Papa ne disait pas cela à ses enfants de façon prétentieuse, mais pour nous rassurer.

Quel style de rapports avez-vous avec lui aujourd'hui ?

Ils sont très bons. Je ne sais pas s'il a lu mon livre, mais ça me fait plaisir que mon père n'ait pas d'animosité envers moi et comprenne ma démarche créative. J'ai pris contact avec lui juste avant le tournage d'ONPC [diffusé le 9 février] pour l'assurer qu'il ne devait pas interpréter mon livre sur la foi de commentaires médiatiques, que je l'aimais. Il m'a répondu, en substance : "J'espère que ça va bien se passer pour toi chez Ruquier, ton message me fait plaisir, moi aussi je t'aime."

Comment vos projets naissent-ils, en l'occurrence celui de ce livre ?

Il remonte à mes 18 ans. J'étais alors turbulent, instable, en colère, animé par l'envie d'en découdre. Je pensais écrire une autobiographie, une éditrice m'a proposé une belle somme d'argent pour tout déballer mais à condition de me confier à un "nègre" de son choix. J'ai refusé, je ne voulais pas vendre mon âme au diable. C'est mon ami Valentin Spitz, écrivain et psy, qui m'a orienté vers Stock, maison d'édition historique, littéraire, prête à me considérer comme un véritable auteur. Et Valentin m'a donné l'idée des entretiens de mon narrateur avec un psychanalyste...

Quel style de vie rêvez-vous d'avoir ?

La mienne. Elle me convient. J'ai déjà vécu une accumulation de bons et de mauvais moments qui me permettent d'aller plus loin, de faire du cinéma en étant libéré du poids de mon nom. Je suis heureux avec ma femme [l'animatrice de télévision Capucine Anav], je veux avoir des enfants, tout va bien.

Qu'est-ce qui vous rend hostile ?

Les gens pas contents, qui se plaignent tout le temps. Ce qui se passe aujourd'hui en France me choque. Je ne suis pas Marie-Antoinette, je ne bouffe pas de la brioche tous les jours, mes parents m'ont foutu à la rue à 17 ans, et je comprenais les gilets jaunes au début. Mais à quoi ça sert de péter des vitrines, de brûler des voitures, de casser pour casser ? Cette envie de détestation m'insupporte, c'est très français.

Après trois verres de vin que se passe-t-il ?

Rien, je ne bois que pour le plaisir, uniquement du très bon vin. Récemment, j'ai fait une signature à la Fnac où est venu mon oncle, le demi-frère de mon père, que je n'avais jamais rencontré. Il a attendu que tout le monde soit parti pour venir m'embrasser. Je l'ai invité à dîner quelques jours après et j'ai acheté un grand cru pour marquer le coup.

Livre

De la race des seigneurs. Stock, 175 p., 17,50 ¤.

Alain-Fabien Delon a la fibre littéraire...

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