Il incarne l'essence de la maison, héritage de la personnalité solaire de son fondateur, Fred Samuel. Après plus de quarante-quatre ans dans les mains de collectionneurs privés, le Soleil d'Or, diamant jaune intense rarissime de 101,57 carats (105,54 à l'origine), est revenu dans le patrimoine de Fred. Découvert en 1977 aux Etats-Unis, le joyau était exposé en octobre au Palais de Tokyo, dans le cadre de la rétrospective de la maison.

"L'année dernière, pour la préparation de l'exposition, j'ai mandaté quelqu'un d'influent dans le métier pour récupérer une copie originale du certificat d'origine dont nous n'étions pas mandataires. Cette personne a finalement trouvé la pierre. C'est exceptionnel", raconte Valérie Samuel, vice-présidente et directrice artistique de la maison Fred, et petite-fille du fondateur.

Un microcosme très discret

Comme ce diamant, de nombreuses pièces d'exception circulent dans le monde entier. A la demande de stylistes, directeurs artistiques, producteurs de films, mais aussi de grandes maisons désireuses de reconstituer leur patrimoine, des femmes et hommes de l'ombre partent à la recherche de ces trésors oubliés. Un microcosme très discret. "Tout se passe en réseau et dans l'anonymat le plus complet", explique Philippe Harros. Avec Emmanuelle, sa femme, cet ancien antiquaire a cofondé la marque Quidam de Revel, devenue une référence des archives du XXe siècle.

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En vingt-trois ans, le couple a collecté et acquis des milliers de références, en arpentant les ventes aux enchères, le second marché, ou au gré de leurs rencontres. Les collections sont présentées dans leur salon parisien aux professionnels de la mode et du cinéma, souvent porteurs de demandes très précises. "De grands noms viennent nous voir. C'est du bouche-à-oreille, explique Philippe Harros. J'ai tellement d'archives que l'on peut venir s'inspirer sur un siècle de création. On est toujours à la quête du Graal." La recette du succès ? "Il faut savoir être en amont de ce que va être la tendance", explique l'ancien antiquaire, évoquant sa collection Martin Margiela constituée avant même que le créateur belge ne soit connu du grand public. Une fois ces pièces acquises, Philippe et Emmanuelle Harros font face à plusieurs choix : les louer, les revendre ou les prêter pour des expositions.

"Des archives dans la tête"

Basé sur la discrétion, le métier intéresse également certaines plateformes de seconde main de luxe. Ainsi les fondatrices de Re-See s'entourent d'un vaste réseau à la recherche de pépites. "Je source le produit et mets en relation les propriétaires avec Re-See", témoigne Mascia, résidente à Bâle et ambassadrice de la plateforme depuis 2017. Parmi ses trouvailles ?

Des vestes issues du défilé Balenciaga, en 2003, ou encore des pièces griffées John Galliano de 1996. De cette manière, Re-See a même pu ouvrir une boutique éphémère avec une sélection de pièces rares de Phoebe Philo, ancienne directrice artistique de Céline. Mais ne s'improvise pas dans le métier qui veut. "Consultation, mémorisation, répertorisation... On a des archives dans la tête", conclut Philippe Harros. Le résultat d'années de pratique et d'une culture sans faille.