Préparez-vous à frissonner de plaisir -ou de douleur. Fifty Shades of Grey, le premier tome d'une trilogie érotique déjà écoulée à près de 40 millions d'exemplaires, débarque le 17 octobre dans nos librairies. Il sera intitulé Cinquante Nuances de Grey, et sa maison d'édition, JC Lattès, a bien l'intention de frapper un grand coup avec ce best-seller digne d'un Harry Potter -en termes de ventes, s'entend.
Ecrit par E. L. James, une mère de famille britannique, il décrit la relation entre Anastasia Steele, une belle étudiante ingénue, et Christian Grey, un milliardaire américain fou de BDSM -"bondage, domination et sadomasochisme". Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le livre est devenu un phénomène de société. Mères de famille, jeunes femmes ou retraitées: les mêmes qui rechignaient à s'afficher en public avec un Harlequin le dégainent sans vergogne dans le métro et en parlent à bâtons rompus à la gym ou au bureau.
Le livre à l'origine d'un nouveau baby boom?
On le trouve même dans les chambres d'hôtel aux Etats-Unis en lieu et place de la Bible! Malignes, les marques à l'affût se sont mises au gris: Bobbi Brown et sa dernière palette de maquillage, intitulée Come-Hither Shades, ou les porte-jarretelles et nuisettes hommages à Fifty Shades, bientôt en vente chez HYP aux Etats-Unis.
La maison d'édition britannique Total-E-Bound a publié cet été des classiques (Jane Austen, les soeurs Brontë...) en ajoutant un petit twist porno. Anecdotique? Selon le quotidien britannique Daily Mail, il ne s'agit pas que d'un jackpot marketing. Le livre serait même à l'origine d'un baby-boom. Info ou intox, il n'empêche que les forums de discussion pour jeunes parents et femmes enceintes regorgent d'anecdotes sur le roman et que les prénoms Christian et Anastasia ont rarement été si populaires!
Un film en préparation
Fifty Shades of Grey est pourtant loin d'être un chef-d'oeuvre: truffé de phrases maladroites et de clichés sexistes, il a atterré bon nombre de critiques littéraires. Quant aux associations féministes, elles crient haro sur cet éloge de la soumission. Mais alors, qu'est-ce qui plaît tant? "Le succès de ce livre s'explique par le fait qu'il a "déringardisé" le traditionnel roman à l'eau de rose en lui ajoutant une touche de piquant", décrypte Wednesday Martin, docteur en littérature comparée de l'université Yale.
Mais il est largement accepté parce qu'"il ne déroge pas à la morale qui veut que l'accomplissement suprême dans la vie d'une femme soit de se marier et d'avoir des enfants avec un homme riche et puissant", ajoute-t-il. Hollywood, toujours friand de contes de fées, vient d'en racheter les droits - ce sont les producteurs de The Social Network qui se sont attelés à la tâche. Après Blanche-Neige, Anastasia. A méthode différente, même combat. Pour la transgression, on repassera.
