Quelle est votre activité habituelle ?
Clarisse Ferreres-Frechon : L'agence accompagne des acteurs de la gastronomie et du tourisme sur tous les sujets liés à leur image, leur positionnement, leur communication. Parmi nos clients : le groupe Bertrand qui réunit les grandes brasseries parisiennes ; des chefs étoilés comme Stéphanie Le Quellec, Emmanuel Renaut ou Arnaud Faye ; les hôtels Mandarin Oriental ; la compagnie du Ponant....
Comment le Covid 19 l'a transformée ?
En l'espace de 48 heures, la plupart de nos clients ont fermé leurs portes et cessé leur activité. Nous sommes passés en télétravail et avons, avec mes deux associées, oeuvré jour et nuit pour s'adapter aux mesures annoncées. Jamais je ne pensais vivre ça !
Comment avez-vous vécu cela ?
Comme un cataclysme. La première semaine, nous étions seulement animés par l'instinct de survie. La conscience qu'il était crucial prendre les bonnes décisions, au bon moment. Nous avons réorganisé l'agence, une partie en télétravail et l'autre en chômage partiel, avec en tête deux priorités. Un : protéger nos collaborateurs en maintenant leur salaire à 100% pour qu'ils puissent vivre cette période le plus sereinement possible. Deux : être aux côtés de nos clients et les aider à traverser la crise.
Comment vous êtes-vous réorganisé pour faire face ? Racontez-nous vos initiatives...
J'ai la chance inestimable de vivre cette épreuve avec mes deux associées, nous prenons ensemble toutes les décisions-clés. Nous sommes très connectées aux équipes, nous organisons réunions et brainstormings en visioconférence, et avons un groupe WhatsApp pour tout ce qui est plus léger et drôle. Les premiers jours, nous avons consacré notre temps aux clients qui restaient ouverts : Maison Plisson, Frichti ou Benoit Castel, en communiquant sur leurs initiatives (services de livraison etc).
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Nous avons ensuite donné la parole à nos chefs qui voulaient partager leurs recettes, via les médias et les réseaux sociaux. Tous ont choisi des plats rassurants, réconfortants. Les frites au ketchup maison de Stéphanie Le Quellec, le croque-monsieur polenta fromage d'Eric Frechon ont fait un tabac !
Enfin, il nous a semblé déplacé, dans un premier temps, de prendre la parole pour nos hôtels, tant nous étions tous mobilisés sur le quotidien. Mais nous avons rapidement commencé à communiquer sur le voyage avec différents dossiers qui marchent très bien. Le top des chambres où on rêverait d'être confiné, les plus belles vues de hôtels, ou encore le best-of des hôtels avec kid's clubs, pour l'après...
"Aujourd'hui, je vois à quel point il est important de partager avec nos clients plus que du business : une vision, une solidarité."
Avez-vous pu tisser des réseaux de solidarité ?
Depuis que Melchior existe, nous avons noué, avec nos clients, des relations d'amitié et de respect mutuel. Aujourd'hui, je vois à quel point il est important de partager plus que du business : une vision, une solidarité. Nous avons beaucoup échangé sur les problématiques rencontrées, nous nous sommes apportés des réponses sur des choses très concrètes : la gestion du télétravail, les outils pour les visioconférences....

Communication agence Melchior
© / - (c) SDP
Comment voyez-vous les prochaines semaines ? Des idées, projets à mettre en place ?
Je vois dans cette crise une opportunité de nous remettre en question. Nous vivons une période difficile mais elle doit nous faire réfléchir, prendre du recul. Accompagner les petits producteurs était déjà une vocation forte de l'agence et je veux le faire davantage. La crise les a à la fois affaiblis et revalorisés et ils s'imposent plus que jamais comme les acteurs du bien-manger français. Ils ont d'ailleurs manifesté dans cette période une incroyable inventivité. Les vergers Saint-Eustache par exemple, qui ne livraient que des chefs, ont réorganisé leur activité et proposent, pour 35 euros, des paniers de fruits et légumes des meilleurs producteurs français. Ils en sont à 600 par semaine !

Panier des vergers Saint-Eustache
© / - (c) SDP
Qu'est-ce que cela change dans votre regard sur votre entreprise ?
Je suis fière de mon équipe et mesure plus que jamais la qualité du travail fourni. Depuis que j'ai créé Melchior, j'ai oeuvré pour accompagner des acteurs qui portent une voie puissante et inspirante. Cette crise me renforce dans l'idée que le business peut -et doit- être vertueux. Et ce sera encore plus vrai dans le monde d'après.
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Comment pensez-vous la suite ?
Nous avons fait en sorte que nos clients restent visibles dans les médias pendant cette période, maintenant il faut les aider à assurer une reprise de l'activité rapide et solide. Mais aussi et surtout, nous devons leur rappeler que c'est un nouveau monde qui commence. On ne pourra pas agir comme on le faisait avant, on doit réinventer le jeu, repenser nos stratégies de communication. Pas de nouvelles formes mais un nouveau ton, plus proche et plus pragmatique. Le public va consommer moins mais mieux et il aura, pour cela, besoin d'informations fiables et expertes. Nos clients s'inscrivent dans cette démarche, ils doivent le valoriser davantage.
Quels projets, nouveaux champs d'action ?
Je suis convaincue que la typologie d'acteurs du tourisme et de la gastronomie va changer. Nous allons voir émerger des projets porteurs de renouveau. Dans les mois qui viennent, il est clair que l'on va s'orienter vers une consommation plus raisonnée, plus responsable mais surtout franco-française. Il va être intéressant pour nous d'accompagner ces mutations.
Quel conseil donneriez-vous à un autre entrepreneur ?
D'avoir des convictions. De comprendre le monde qui l'entoure mais aussi de penser demain. D'être en mesure d'anticiper et d'accompagner les mutations en étant agile, résilient. Et bien entouré !
Selon vous, que va-t-on apprendre, que faudra-t-il retenir de la situation ?
Tout ce que l'on construit peut s'effondrer en quelques secondes. Il faut donc faire ce que l'on fait avec humilité, prévoyance, conviction. Et toujours y prendre du plaisir !
