Cette treizième édition promet à nouveau d'être passionnante. Combien de livres avez-vous reçus ? Et comment avez-vous procédé à cette première sélection ?
Carole Chrétiennot : Nous avons lu 65 livres, qui font tous partie de la rentrée littéraire de janvier. Il s'agit d'un travail très important qu'effectue, en amont, le jury fondateur du prix, aidé par de fidèles amies - les journalistes Anne Nivat, Josyane Savigneau et Agathe [du blog Agathethebook.com]. Nous sommes, cette année encore, très fières de la qualité de notre sélection, qui tient à la force du collectif, mais aussi à la diversité de nos sensibilités. Nos discussions sont souvent épiques, mais nous nous rejoignons autour de mêmes exigences. Un style, la finesse singulière d'une d'écriture qui fait, ou non, un écrivain.
Vous êtes, avec les autres membres du jury, à l'origine de ce prix. Racontez-nous la genèse de cette aventure pensée par des femmes issues du monde des arts, des lettres, de la presse...
Ce projet est avant tout une affaire d'amitié et de passion partagée. Emmanuelle de Boysson, Adélaïde de Clermont- onnerre, Stéphanie Janicot, Jessica Nelson, Tatiana de Rosnay et moi-même avions, depuis longtemps, l'idée de créer un prix différent. Une récompense qui porterait la voix des femmes, tant par la constitution du jury que par le choix des romans.
LIRE AUSSI >> Prix de la Closerie des Lilas 2020 : les 3 romans finalistes
Est-ce aussi la reconnaissance d'une littérature féminine ?
Ah, cette fameuse question du genre dans l'art ! A nos yeux, il n'y a qu'une seule forme d'écriture, c'est l'écriture. Ponctuée de sensibilités féminines ou masculines. En revanche, il existe une sous-représentation des femmes dans le monde littéraire et ce prix a notamment été imaginé pour réparer cela.
"Il existe une sous-représentation des femmes dans le monde littéraire et ce prix a notamment été imaginé pour réparer cela"
Quels sont vos meilleurs souvenirs des précédentes éditions ?
Ils tiennent tout d'abord à des rencontres. A la présence, parmi les invités de notre jury, de personnalités hors du commun comme Françoise Héritier, dont la puissance de la pensée et la hauteur de vue ont incroyablement enrichi nos débats. Nous sommes également ravies d'avoir repéré, au cours de ces treize années, de vraies promesses ; des écrivaines qui n'ont fait ensuite que confirmer leur talent. Nous aimons faire des découvertes, et prendre des risques, comme le montre le choix de nos différentes lauréates : Alice Zeniter, Lola Lafon, Julia Kerninon ou encore Sarah Chiche en 2019.
Ce jury permanent est, chaque année, complété par des invitées venues d'horizon très divers. Pourquoi cette représentativité à 360 degrés ?
Leïla Slimani présidait notre jury en 2019, et Josiane Balasko lui succède cette année. Pour cette nouvelle édition, nous accueillons également les actrices Isabelle Carré et Zoé Félix, la philosophe Adèle Van Reeth, l'auteure Anne Berest... Cette variété est l'une des valeurs fortes de ce prix. Nous pensons que la pluralité des points de vue est essentielle. Le regard croisé de personnalités venant de tous horizons est salvateur. Elles nous apportent une respiration face aux diktats des sélections officielles, et, sans aucun doute, une plus grande liberté de jugement. Grâce à cet éclectisme, nous proposons chaque année un roman capable de séduire le plus grand nombre, et même d'offrir à ceux qui ont déserté la lecture l'opportunité d'y revenir. Un livre à la fois ambitieux, exigeant et accessible à toutes et à tous.
