On a failli rater l'entrée, bien cachée derrière une façade Art nouveau du IXe arrondissement. Avec sa verrière et ses meubles d'inspiration Eames, la Belle Equipe tient plus du loft parisien que de la salle de sport suintante de testostérone, ambiance Rocky Balboa. Dernière-née d'un nouveau genre de clubs qui essaiment dans les beaux quartiers, une salle monomaniaque, exclusivement consacrée à la boxe thaïlandaise. "Nous ne sommes ni un club de gym ni une salle de fitness. Notre discipline, c'est le muay thaï [NDLR : la boxe thaïlandaise] enseigné par des professionnels, expliquent Rémy Pariot et Julien Quentin, les deux fondateurs. On a imaginé un endroit où, au-delà de la pratique du sport, les gens peuvent passer du bon temps." Traduction? Les jus sont fraîchement pressés pendant que l'on feuillette les ouvrages piochés dans la bibliothèque design. Une manière d'attirer une nouvelle population bobo-trendy, qui cherche une alternative au yoga sans pour autant renoncer à son confort.

Autre ouverture, au coeur du Ier arrondissement, le Temple Noble Art, une ancienne fabrique datant du XVIIIe siècle, entièrement rénovée pour permettre aux membres du club de renouer avec l'esprit du noble art, donc, l'expression du club qui désigne la boxe anglaise. Un lieu à l'image des clubs huppés de la capitale avec sauna, douches individuelles spacieuses, génération de salles - plus clean et autrement plus chics - voit le jour à Paris, c'est que l'engouement pour le sport de Muhammad Ali s'est répandu dans toutes les couches de la société. Déjà dans les années 1990, on assiste au phénomène du white collar boxing: les cols blancs de Wall Street délaissent les salles de fitness de leur entreprise pour les rings des quartiers chauds.

"Ce sport m'a aidée à me défouler et à évacuer mon stress"

Aujourd'hui, la boxe fait des émules parmi des femmes qui voient dans sa pratique le moyen de s'affirmer tout en se fabriquant un corps parfait. "Je m'y suis mise avec pour objectif la perte de poids. Les résultats ont été spectaculaires, j'ai fondu et mes bras se sont dessinés", explique Sarah, jeune blogueuse. Bien sûr, yoga et Pilates ont toujours le vent en poupe, mais la boxe aurait ceci de particulier qu'elle permettrait de façonner un corps autant qu'un esprit combatif. Concentration, gestion du stress, et dépassement de soi: nombreux sont les bienfaits psychologiques attribués à ce sport, considéré comme une sorte de méditation hyperactive. Les grands complexes sportifs parisiens ont d'ailleurs flairé le filon et multiplient les cours dérivés. On n'entend plus parler que de body combat, une activité développée par Les Mills, leader mondial dans la création de cours de gym collectifs, mélange d'arts martiaux et de sports de combat.

Désormais, on pratique aussi le sweat boxing, le yoga boxing, le shadow boxing et même l'aqua boxing; autant de noms inventés pour ces disciplines hybrides -et gadgets?- qui font salle comble. "En tant que professionnel, je ne peux pas cautionner ce genre d'activités, qui dénaturent la boxe. Cela n'a rien à voir avec l'essence même du sport", affirme Abdoulaye Fadiga, champion du monde de muay thaï en 2007 et plusieurs fois champion de France, entraîneur de Leïla Bekhti et de Natalie Portman. "Au 50 Foch [NDLR : le club qu'il a fondé], nous ne travaillons qu'avec des professionnels qui enseignent le sport dans la plus pure tradition." Quoi qu'il en soit, ces cours d'un nouveau genre ne sont sans doute pas très orthodoxes, mais ils ne désemplissent pas. "J'ai peur de l'affrontement, donc je pratique le body combat pour rester en forme, ça me convient parfaitement. Je transpire beaucoup et je me vide l'esprit", explique Alice, créative dans une agence de publicité.

Restent les happy few, ces accros du sport "artisanal" prêts à payer le double du coût d'une adhésion dans une grande enseigne pour s'entraîner dans de petites salles à taille humaine. Snobisme parisien ou phénomène de mode? A près de 100 euros le cours individuel, on hésite. Il semble que le milieu de la mode en ait fait sa nouvelle toquade. Pas un jour ne passe sans qu'un mannequin ne poste une photo d'elle gants aux poings: Karlie Kloss en tête à tête avec un punching-ball, Candice Swanepoel avec son coach... Karl Lagerfeld lui-même y a succombé. Pour la campagne Chanel automne-hiver 2014-2015, il shoote le mannequin anglais Cara Delevingne prenant la pose sur un ring. A croire que la boxe, autrefois considérée comme un sport d'une virilité extrême et réservée aux durs à cuire, est devenue le nouveau yoga -pour personnes en mal de sensations fortes, dans une société hypercompétitive où le stress est omniprésent-, l'affrontement en plus.