L'Occitane est née, il y a tout juste trente ans, dans quelques gouttes d'huile essentielle de romarin. Olivier Baussan, son fondateur, venait alors de racheter un vieil alambic et de le remettre en service pour distiller à l'ancienne, au bord d'une rivière. Sur une planche et deux tréteaux qui lui servaient d'échoppe au marché de Forcalquier, ce nostalgique a commencé à faire revivre, à travers quelques gouttes de parfum brut, la Provence de son enfance. D'abord confidentiels, ces petits flacons jaunes connaissent vite un véritable engouement. «Dopé par ce succès, j'ai eu l'idée de proposer un savon liquide végétal neutre que les gens pouvaient mélanger avec l'huile essentielle pour composer leur propre bain moussant», raconte Olivier Baussan.

Du marché du village, les produits investissent les drogueries, puis, en 1977, le premier Salon Marjolaine. La demande est telle que l'étudiant en lettres abandonne la faculté pour se consacrer à sa nouvelle activité. «J'ai étendu la gamme des produits et des senteurs à la lavande, la sauge, la verveine et le cèdre, poursuit-il. Avec mon comparse Yves Millou, qui avait fait ses armes dans un laboratoire de cosmétique, nous avons lancé notre première crème de soin en 1979, en même temps qu'ouvrait la première boutique à Manosque. Ce "cold cream" a plus tard donné naissance à la crème pour les mains au karité, notre best-seller actuel!»

Dans les années 1980, un autre produit phare fait son entrée dans la maison: le savon. «Un jour, je suis passé devant une savonnerie fermée et j'ai fait la connaissance de l'ancien propriétaire, un monsieur âgé qui m'a finalement confié tout son matériel. J'ai aussi appris avec lui toute la poésie de ce produit.» Transmettre est un maître mot pour le père de L'Occitane. Mais, au-delà d'un simple instinct conservateur, c'est le goût des belles choses qui pousse Olivier Baussan à sauvegarder les traditions. En Provence... comme en Afrique, où le distillateur, mué en entrepreneur, découvre la magie du karité et met en place, en 1991, la première coopérative de femmes, celles-ci étant seules habilitées à ramasser et travailler les fruits de cet arbre sacré. «Elles étaient 30, elles sont aujourd'hui 4 500, souligne-t-il fièrement. On leur achète les 20% de karité qui composent la formule de notre savon. Cette réussite est l'événement le plus important de l'histoire de la maison.»

La marque L'Occitane connaît un tel succès qu'elle est évidemment contrainte de se transformer. Tout en conservant le poste de directeur artistique, Olivier cède en 1995 les rênes de son entreprise à l'Autrichien Reinold Geiger. «Quand les clients des années 1970 me disent: "Ce n'est plus ce que c'était", je réponds: "Tant mieux! " affirme Olivier Baussan. C'est nécessaire si on veut durer. Mais, même si nous avons grandi, nous nous attachons à garder nos valeurs d'origine. Quand je passe devant l'une de nos boutiques, je trouve le décor très sobre, presque austère. C'est peut-être ce sérieux-là qui plaît à nos adeptes.»

Amandes, huile d'olive, miel, les différents ingrédients donnent leur identité à chaque gamme de soins. Aujourd'hui, c'est celle consacrée à la fleur d'immortelle qui s'agrandit pour accueillir un soin de nuit. Baptisée «Crème très précieuse», cette nouvelle formule promet de lutter contre les signes de l'âge grâce aux multiples qualités de l'huile essentielle d'immortelle. Pour assurer la quantité nécessaire de cet actif phare, L'Occitane, en partenariat avec un agriculteur local, a planté en Corse 5 hectares de cette petite fleur jaune au parfum mêlé de sucre chaud et de camomille, le reste étant assuré par la récolte sauvage effectuée sur les coteaux de l'île de Beauté. Assurer la pérennité de l'immortelle: voilà un symbole qui promet longue vie à la belle trentenaire...