Quelle est votre activité habituelle ?
Christian Courtin-Clarins : Je suis président du comité de surveillance
Olivier Courtin-Clarins : Je dirige le Groupe Clarins avec notre CEO, Jonathan Zrihen
Jonathan Zrihen : Président & CEO
Comment le Covid 19 l'a transformée ?
C. C.-C. : Le Covid 19 a rendu cette fonction encore plus importante comme pour tous les responsables. Le sujet pour moi étant de bien veiller que toutes les mesures pour la protection des collaborateurs étaient mises en place et rapidement. Ce qui a été fait, l'ensemble des collaborateurs ayant montré et montrant une forte implication d'eux-mêmes.
O. C.-C. : Au global, tout le secteur des cosmétiques a été impacté et ça change la donne. Opérationnellement, nous nous sommes mis aux réunions à distance. On a pu tester nos outils collaboratifs.
J. Z. : On est passé d'un mode de gestion et de développement d'une entreprise en croissance à la gestion d'une crise sanitaire et économique majeure.
Comment vivez-vous cela, vous et vos équipes ?
C. C.-C. : Nous sommes tous organisés en télétravail, ce qui permet d'être informé au jour le jour et de prendre les décisions nécessaires pour l'ensemble des collaborateurs et pour l'avenir de l'entreprise.
O. C.-C. : Cette façon de travailler en réseau s'avère une belle expérience humaine et professionnelle. Malgré l'éloignement, on se parle davantage, tout le monde est à l'heure en réunion, va droit au but et les intervenants ne s'interrompent pas. Chacun est plus à l'écoute. C'est une méthode à intégrer davantage dans le quotidien des entreprises.
J. Z. : Nous découvrons une nouvelle manière de travailler, efficace et rigoureuse même si nous perdons en proximité humaine. On garde la tête froide, tout en étant à l'écoute, en prenant la mesure de la crise, en étant pragmatique pour prendre des décisions urgentes et garantir la santé, la sécurité des collaborateurs et préserver notre relation unique avec nos consommateurs.
"Notre priorité est d'approvisionner les hôpitaux"
Comment vous êtes-vous réorganisés pour faire face ?
C. C.-C. : Nous avons une organisation militaire : réunions avec agenda et temps imparti précis.
O. C.-C. : Très tôt, nous avons créé une cellule de crise pour répondre aux problématiques du Groupe. Nous avons favorisé notre e-commerce et proposé des solutions pour rester en lien avec nos consommatrices, notamment à travers l'initiative "Clarins & Moi" qui consiste en des RDV téléphoniques gratuits avec conseils personnalisés. Ils rencontrent un vrai succès. Nous tenons à accompagner et protéger nos collaborateurs par le maintien de leurs salaires, en gardant le lien, en proposant des formations, des activités en ligne, de l'écoute. Côté business, nous faisons le maximum pour faciliter le transport et permettre à l'activité de reprendre en Asie.
J. Z. : En accompagnant toutes les équipes et nos clientes dans leur confinement pour que cette situation se déroule dans les meilleures conditions possibles : communications régulières, partages d'expériences ou d'activités pour mieux supporter le confinement (conseils, yoga classe, spa à la maison).
Avez-vous pu tisser des réseaux de solidarité ?
C. C.-C. : En tant qu'entreprise solidaire, nous avons été parmi les premiers à fabriquer pour les hôpitaux et les EHPAD 100 tonnes de gel hydroalcoolique (200 000flacons de 400ml déjà produits et distribués)et à distribuer plus de 30 000 crèmes pour les mains et produits hydratants visage.
O. C.-C. : Actuellement, notre priorité est d'approvisionner les hôpitaux en France mais aussi en Italie et au Canada.
J. Z. : Nous participons à l'effort sanitaire et économique dans tous les pays où nous sommes présents.
Comment voyez-vous les prochaines semaines ?
C. C.-C.: Toujours confinés.
O. C.-C. : Et pour moi, à goûter les recettes que ma plus jeune fille me fait, piochées dans mon livre "Belle dans mes recettes".
J. Z. : Il faut être patient mais rester très concentré sur la gestion quotidienne et prévisionnelle de l'entreprise.
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Des idées, projets à mettre en place ?
C. C.-C. : Nous avons une commande en cours de livraison d'un million de masques certifiéseuropéens, dont 900 000 chirurgicaux et 100 000 FFP2
O. C.-C. : Nous cherchons à envisager l'après confinement en nous inspirant de l'expérience de la Chine. Et en tant que médecin, je suis attentif à toute initiative française concernant les tests du Covid-19. Je trouve important de soutenir cette piste à condition que ce soit fait avec sérieux et surtout en France.
J. Z. : Nous travaillons plusieurs thèmes de réflexions et d'actions en créant une équipe qui répond aux besoins urgents pendants la crise (gestion humaine du télétravail, communication interne et externe, production, intensification de l'activité digitale et sociale quotidienne avec nos clientes, gestion de la trésorerie, planning financier etc ) ? Une deuxième qui se prépare au "jour d'après" de sortie de crise afin d'opérer dans le respect de nouvelles consignes sanitaires post-confinement. Enfin, une troisième équipe imagine l'avenir sur un long terme et la façon d'adapter nos produits, nos services, notre distribution à un monde qui sera forcément impacté.
Qu'est-ce que cela change dans votre regard sur votre entreprise ?
C. C.-C. : Nous avons créé de nouveaux liens avec nos collaborateurs, tout en gardant à coeur de les protéger au maximum au niveau sanitaire et économique. Nous n'aurons pas recours au chômage partiel avant mi-mai et gardons tous à l'esprit qu'il faudra être plus solidaires que jamais pour la reprise.
O. C.-C. : Il y aura un avant et un après Covid-19 qui nous obligera à redéfinir nos périmètres. Une nouvelle façon d'aborder la consommation, ça c'est certain.
J. Z. : Une entreprise est une aventure humaine qui se doit d'être pérenne et d'offrir les meilleurs services et produits à ses clients. Dans le contexte actuel, je perçois la responsabilité d'une entreprise comme acteur social et économique et un rempart face à des crises majeures. Nos décisions doivent protéger nos collaborateurs et nos clients, leur garantir un avenir et un monde meilleur.
Comment pensez-vous la suite ?
C. C.-C. : Pour répondre aux questions suivantes je préfère vous livrer les cinq mots qui vont guider notre vision stratégique de l'avenir : Humilité, Lucidité, Sobriété, Équilibre, Équité.
O. C.-C. : La suite sera très différente.
J. Z. : S'adapter sans renoncer à notre raison d'être.
Quels projets, nouveaux champs d'action ?
C. C.-C. : Pour la stratégie, nous continuerons à appliquer celle qui nous a si bien réussie : le respect des clients, des collaborateurs, de la nature, de notre agilité à nous adapter aux conditions nouvelles. Tous ces mots sont notre fierté.
O. C.-C. : Clarins a toujours été proche de ses clients, nous allons nous adapter encore et toujours à leurs désirs et leurs besoins.
Qu'allez-vous au contraire abandonner ?
O. C.-C. : Trop tôt pour le dire
Quel conseil donneriez-vous à un autre entrepreneur ?
O. C.-C. : C'est en temps de crise qu'il faut monter son entreprise.
J. Z. : Prendre des décisions rapides pour protéger les collaborateurs et préserver la santé financière de l'entreprise. Séparer les équipes entre la gestion quotidienne de la crise et la reprise de l'activité post-crise.
Selon vous, que va-t-on apprendre de la situation ?
C. C.-C. : La nature n'a pas besoin de nous mais nous, nous avons besoin de la nature. Respectons-la.
O. C.-C. : Cela va redonner à tous bon sens et éco-conscience. Nous allons consommer plus local, prendre moins les transports pour le business. Cet air moins pollué que jamais est un signal qui doit nous interpeller pour l'avenir.
J. Z. : La globalisation impose aussi une solidarité et une coordination mondiale. Nous devons réapprendre à profiter des choses simples et souvent gratuites (la bonne santé, la famille, l'amitié, les balades et la nature). La vie humaine a plus de valeur que l'économie des pays.
