Quand peut-on parler de transpiration excessive?
"A partir du moment où l'on se plaint de sa transpiration, où elle devient un handicap ou une gêne sociale, on peut parler d'hyperhidrose", indique le Dr Abimelec. Les mains, les pieds et les aisselles sont les trois zones les plus fréquemment touchées (hyperhidrose palmaire, plantaire ou axillaire), mais elle peut aussi toucher le dos, le visage, le cuir chevelu et même l'ensemble du corps (hyperhidrose généralisée). La plupart du temps, on ignore ses causes, mais elle peut être la conséquence d'une maladie neurologique ou d'un diabète.
Une pathologie aggravée par l'anxiété
La transpiration excessive, bien souvent source de souffrance et d'une altération de la qualité de vie, est encore considérée comme un tabou. "Les personnes touchées le cachent à leurs proches", explique Florence, 43 ans, atteinte d'hyperhidrose palmaire et plantaire. "Seul mon mari est au courant, pas mes enfants". Pour les personnes concernées par cette affection, certaines interactions sociales - serrer des mains, rendre la monnaie - s'avèrent notamment être des sources de stress. C'est le cercle vicieux: l'anxiété aggravant la transpiration.
Pourtant, "C'est important de ne pas s'isoler, de communiquer avec d'autres malades sur des forums", affirme Clara, 44 ans. Cette professionnelle de santé transpire abondamment depuis l'enfance. Et a dû changer son mode de vie car la transpiration peut s'avérer dangereuse: "Je ne peux pas porter de sandales ouvertes, car mes pieds glissent constamment. Et essayez de conduire avec des mains ruisselantes!", "Mes enfants se sont adaptés, ajoute cette maman. Leur petite main a appris à lâcher la mienne lorsqu'elle se mouillait."
Cependant, en fonction de l'importance de la transpiration et de sa localisation, plusieurs traitements ont montré leur efficacité.
Les traitements locaux
Le chlorure d'aluminium
Les détranspirants à base de chlorure d'aluminium hexahydraté sont le premier remède envisagé face à une hyperhidrose. Ces traitements locaux liquides (Etiaxil, Driclor) ou en crème (Spirial) sont d'ailleurs utilisés par des patients atteints de transpiration légère. Céline, 32 ans, a testé l'Etiaxil Aisselles peaux sensibles, disponible en pharmacie, sur les conseils d'une amie: "C'est magique! Mais à utiliser avec modération. J'en mets une fois par semaine l'été, jamais l'hiver."
"Les anti-transpirants à base de chlorure d'aluminium sont efficaces", confirme le Dr Abimelec. "Le problème, c'est que les patients ne savent pas toujours s'en servir." Ce dernier recommande de les appliquer un jour sur deux le soir, à distance de la toilette, "sur des aisselles séchées au séchoir" et d'attendre quelques jours entre deux applications en cas d'irritation. "Les produits liquides ont souvent une base alcoolisée, qui irrite encore plus la peau que le seul chlorure d'aluminium. Je préfère les détranspirants sous forme de crèmes", précise-t-il.
Bon à savoir: Le dermatologue peut aussi réaliser lui-même une préparation plus concentrée en chlorure d'aluminium associée à de l'acide salicylique, pour les mains et les pieds.
L'ionophorèse
Elle donne de très bons résultats sur l'hyperhidrose palmaire et plantaire, mais reste complexe. On plonge ses mains (ou ses pieds) dans deux bacs d'eaux traversés par un courant électrique, lors de séances de 10 à 20 minutes, chez le dermatologue ou le kinésithérapeute au départ, puis chez soi. La phase d'attaque comprend deux à trois séances par semaine, puis compter une séance tous les dix jours en phase d'entretien. Bémol: l'appareil est assez couteux, entre 500 et 1000 euros.
La toxine botulique
Rapide et sans danger, le Botox (toxine botulique de type A) est l'un des traitements les plus efficaces pour l'hyperhidrose des aisselles en cas de résistance au chlorure d'aluminium. Le médecin réalise environ vingt injections par aisselle pour un effet qui dure de 3 à 12 mois. On peut espérer une amélioration au fil des années. La toxine botulique s'utilise également contre l'hyperhidrose du front. Seul hic: le prix. Compter entre 400 et 600 euros pour une séance. "Sur les mains et les pieds, les injections sont plus douloureuses et moins efficaces", précise le Dr Abimelec. Mieux vaut passer à l'ionophorèse.
Les traitements oraux
L'oxybutynine
Généralement prescrits pour traiter l'énurésie -ou le pipi au lit-, les traitements oraux par oxybutynine (Ditropan) fonctionnent contre l'hyperhidrose généralisée. La molécule va bloquer la transpiration et peut être prise en complément des traitements pour des hyperhidroses localisées. Attention: à doses excessives, elle peut provoquer une sècheresse de la bouche ou des troubles de la vision.
Les opérations
L'ablation des glandes sudorales des aisselles
"Cette intervention, qui consiste à enlever une zone de peau sous les aisselles, peut avoir des complications, même si elles sont rares", explique le dermatologue. Le résultat est définitif mais on garde à vie une assez grande cicatrice. En bref: à n'envisager qu'en dernier recours.
La sympathectomie thoracique endoscopique
C'est la dernière option à envisager en cas d'hyperhidrose palmaire ou plantaire critique. Effectuée sous anesthésie générale, l'opération endommage certaines parties du nerf sympathique, qui véhicule le message nerveux du cerveau aux glandes sudoripares. Irréversible, elle comporte cependant des effets secondaires gênants, en particulier une hyperhidrose compensatrice (transpiration du dos, du visage, du thorax après l'opération) chez la plupart des patients. "On a beaucoup pratiqué cette intervention à une époque, c'est moins le cas aujourd'hui", souligne le Dr Abimelec, car si l'hyperhidrose compensatrice est souvent modérée, elle peut être bien plus gênante que la transpiration qui a motivé l'opération.
Le patient victime d'hyperhidrose doit souvent s'armer de patience et essayer différents traitements avant de trouver celui qui lui correspond. Nouvel espoir pour les malades, un traitement consistant à détruire les glandes sudorales des aisselles par des micro-ondes, déjà commercialisé aux USA, ne devrait pas tarder à arriver en France. Clara, elle, pense avoir trouvé le meilleur des remèdes: "Mon mari! Il a toujours été extrêmement compréhensif. Se sentir aimée aide à relativiser notre situation."
