L'Express : Provocante et crue avec Therapie Taxi, vous montrez une facette policée dans votre album intitulé Et alors ? Est-ce volontaire ?
Adé : C'est un cheminement. Le groupe était marqué du sceau de l'adolescence, fondé sur l'humour trash et le second degré. J'ai grandi, mûri, changé. Je ne suis plus membre d'une tribu déconnante. Faire de la musique en mon nom, c'est une prise de risque, mais aussi une chance.
Vous ne vous reconnaissiez plus dans l'attitude rebelle de ce collectif ?
Je jouais un personnage qui me plaisait, mais souhaitais me rapprocher de ma sensibilité. Amoureuse du beau et du bon, je suis soucieuse de mon bien-être, je cuisine bio, refuse les soirées branchées, l'alcool et le diktat des réseaux sociaux. J'ai une discipline sportive car je veux que mon corps soit un outil de travail.
Quel a été le déclic, le moteur de cette évolution ?
La pandémie a interrompu notre tournée et annihilé toute perspective de rencontres, d'échanges. Cela a été une épreuve psychologique... et un moment d'introspection. J'ai pris conscience de la frénésie ambiante, de l'épuisement moral et physique, de mon rythme à mille lieues de mes envies et de ma vraie nature. J'ai suivi mon ressenti et écrit des chansons personnelles. Le duo avec Benjamin Biolay sur Parc fermé m'a permis d'affirmer mon identité d'artiste.
Votre métamorphose est-elle une quête de valeurs ?
Ma consommation est raisonnée et soucieuse de notre planète. J'ai un vestiaire responsable, vintage et sentimental. Mes carnets sont remplis de croquis de pièces précises et d'objets recherchés. Je n'ai jamais voyagé sans avoir conscience de polluer. Mon premier vol long-courrier, c'était en 2018 pour un concert à Montréal. C'est un dilemme de notre métier : trouver des sources d'inspiration, partager avec un large public... et éviter le désastre écologique !
Vous venez d'accompagner le Live Show Etam Lingerie. Peut-on être féministe et défiler en sous-vêtements ?
Évidemment ! En représentation, on se met en scène. Le maquillage protège, les talons donnent de la hauteur, les dessous sexy font partie de la panoplie. Il n'y a aucun interdit.
Jouez-vous aussi des codes... cosmétiques ?
Je porte Bronze Goddess d'Estée Lauder depuis dix ans. Ce parfum ambré évoque exotisme, soleil et chaleur... Tout ce que je ne suis pas !
Un père architecte puis horloger et une mère décoratrice ont-ils forgé votre culture artistique ?
Ils m'ont transmis le goût de l'artisanat, des matériaux, du travail manuel. Multi-instrumentiste, j'adore aussi la peinture, la sculpture, la céramique. J'admire le savoir-faire, le geste précis qui suscite une émotion grâce à une virtuosité, une originalité, un talent. A l'ère numérique, mon luxe est d'être contemplative devant une oeuvre, une histoire...
Une personnalité vous a-t-elle marquée ?
Georgia O'Keeffe, une femme peintre moderniste d'avant-garde. Cette Américaine née en 1887 s'est toujours tenue à l'écart des courants pour tracer sa route, écouter son coeur, observer son environnement.
*Adé vient de sortir l'album Et alors ?, sur le label Tôt ou tard. Elle sera en concert les 1er et 2 février 2023 à La Maroquinerie, à Paris, puis en tournée dans toute la France.
