De Milan à Paris, la fashion week masculine a présenté les grandes tendances de l'automne-hiver 2019. Si la capitale italienne voit le nombre de ses défilés rétrécir, avec pourtant de beaux rendez-vous comme le show décadent et mystique de Prada, le calendrier de la capitale française, lui, ne cesse de s'étoffer avec 56 événements qui se sont déroulés sans heurts, malgré un samedi marqué par les manifestations des gilets jaunes. Parmi ses temps forts: la première présentation de l'homme Celine, sous la houlette d'Hedi Slimane, fidèle à son esthétique rock et affûtée ou le premier défilé bien maîtrisé de Kris Van Assche pour Berluti.

Mais aussi la présence en force de l'irlandais Jonathan W. Anderson, qui faisait une infidélité à Londres pour dévoiler sa collection sous sa propre marque et faisait aussi monter pour la première fois les garçons de Loewe, dont il est le directeur artistique, sur un podium. Un show qui ajoute à l'effervescence créative de Paris, une bonne dose d'inventivité. Et bien sûr les secondes collections très attendues des cool kids des grandes maisons: Virgil Abloh chez Louis Vuitton qui rendait un hommage très personnel à Michael Jackson et aux codes LV, et Kim Jones, dont les mannequins lancés sur un podium façon tapis roulant faisaient l'apologie du costume, nouvelle génération.

Car oui, cette icône du style formel a plus d'un tour dans sa doublure et fait son grand retour, aux côtés de pièces outdoor plus colorées que jamais, d'imprimés psychédéliques, de cuirs sous toutes leurs formes, de vêtements bicolores... Pourquoi choisir quand on peut réconcilier toutes ses facettes ? Tel est le message de la saison. Démonstration.

Néo tailoring

De gauche à droite : Dries Van Noten, Paul Smith, Dior

De gauche à droite : Dries Van Noten, Paul Smith, Dior

© / Yannis Vlamos / Shoji Fujii / SDP

Ringard le costume ? Sûrement pas. Éclipsé par l'arrivée en force du streetwear et de sa contrepartie "molle", le survêtement, ce classique du vestiaire masculin inspire les créateurs, toutes générations confondues. Chez Dries Van Noten, il fusionne avec l'air du temps en quête de confort dans des versions pinstripe aux vestes matelassées ou à effets de châle intégré (à noter tous ces jeux de ceintures ou de drapés façon sari sur des pièces classiques, idéales pour un port royal).

Pour Dior Homme, Kim Jones joue avec ses doublures et des textures satinées, à porter plutôt le soir...Épaules généreuses, pantalons baggy, ou serrés de sangles façon soft punk chez Paul Smith, la couleur aussi contribue à ce regain de modernité. Rose, rouge bordeaux, vert bouteille ou beige, il y en a pour tous les goûts et les usages...

L'imprimé psychédélique

De gauche à droite : Marni, Dries Van Noten, Dsquared

De gauche à droite : Marni, Dries Van Noten, Dsquared

© / SDP / Yannis Vlamos / SDP

Nostalgiques du Summer of love et des free parties, l'automne-hiver 2019 est à vous. La saison prochaine, le motif cher aux amoureux des hallucinations visuelles, le tie & dye, enflamme les collections. Sur un manteau, un pantalon, ou plus raisonnablement sur une chemise, on osera ces effets de teintures artisanales hypnotiques. Les plus aventureux et avertis pourront aussi jongler avec un autre imprimé très de saison; le léopard comme chez Marni qui le mixe avec des fleurs ou des carreaux. Attention les yeux!

Bi cool

De gauche à droite : Balmain, Acne Studios, Fendi

De gauche à droite : Balmain, Acne Studios, Fendi

© / Monica Feudi / Isidore Montag / Davide_Maestri

Bonne nouvelle pour les indécis, l'union de deux couleurs fait la force. Tel est le mantra chromatique de la saison. Sur les podiums, les tons et les matières s'opposent tout en restant complémentaires. Ainsi, le beige et le noir s'accordent sur un pull camionneur chez Fendi. Pour Balmain, le perfecto en cuir et la veste en jean s'affrontent, le noir et blanc s'unissent sur pantalon en cuir d'Acne Studio. Reste à trouver les bons accords de style...

Prendre le large

De gauche à droite : Louis Vuitton, Ami Alexandre Matiussi, Rick Owens

De gauche à droite : Louis Vuitton, Ami Alexandre Matiussi, Rick Owens

© / Frederique Dumoulin / Ami / OwensCorp

Né dans les années 1980, ce basique du streetwear taillé pour le confort de la rue gagne en prestance sur les shows. Rick Owens lui donne une allure gothique et le pare d'empiècements façon patchwork. Pour son deuxième défilé, Virgil Abloh pour Louis Vuitton, le retravaille dans une version treillis à maxi-poches façon GI. Chez Ami, Alexandre Mattiussi casse le côté formel du costume avec un bas oversized nonchalant, plus cool. La décontraction est le nouveau chic.

J'veux du cuir

De gauche à droite : Celine, Berluti, Hermès

De gauche à droite : Celine, Berluti, Hermès

© / SDP / Ludwig Bonnet-Java / SDP

N'en déplaise aux vegans, la matière la plus animale et sensuelle de la mode est omniprésente cette saison. Et elle taille aux costumes une nouvelle élégance, plus rock, forcément. Pour exemple, l'ensemble Perfecto (avec cravate et chemise blanche) aperçu chez Celine, ou plus classique, le modèle en cuir aussi patiné que les chaussures maison, de Berluti, revivifié par Kris Van Assche. Adepte du cuir depuis toujours, Hermès lui offre ses galons de souplesse et de chic graphique avec des chemises bicolores sublimes. Peau contre peau, quoi de plus régressif...

Déconstruire la chemise

De gauche à droite : Loewe, Comme des Garçons Shirt, Jil Sander

De gauche à droite : Loewe, Comme des Garçons Shirt, Jil Sander

© / Hirokazu Ohara / Jean François Jose / Monica Feudi

Oubliez sa version trop sage et stricte : la saison prochaine, ce basique du vestiaire masculin sort de l'open space et se décoince. Déstructurée, égayée de motifs décalés, rallongée... Cette pièce se prête à toutes les expérimentations. Chez Loewe, ce vêtement orné de motifs patchworks aux accents punks se mue en robe chemise. Pour le premier défilé aux commandes de Jil Sander, le couple Meier, rallonge quant à lui la pièce fétiche du banquier et y appose son logo. De son côté, Comme des Garçons pionnière de la déconstruction, superpose la chemisette sur la chemise...De quoi redonner un coup de fouet aux classiques.

Antisocial

De gauche à droite : Vetements, Off White, Versace

De gauche à droite : Vetements, Off-White, Versace

© / Gio_Staiano / Pier Nicola Bruno / Andre' Lucat

Et si le podium était le terrain d'expression de la mauvaise humeur citoyenne ? Après le Brexit, la grève des gilets jaunes et la montée des extrêmes, l'heure à la rébellion. En témoignent les multiples références contestataires. Ainsi, le label Vetements lâche son gang en jean baggy, t-shirt à slogan anarchiste et cagoule de casseur. Sécurité oblige, Heron Preston et Dior sortent leurs gilets pare-balles. Tandis qu'Off- White fait défiler une silhouette taguée de messages contestataires. Preuve en est que la nouvelle génération du No Future n'a pas dit son dernier mot.

Outdoor techno

De gauche à droite : MSGM, Emporio Armani, Kenzo

De gauche à droite : MSGM, Emporio Armani, Kenzo

© / Davide_Maestri / SDP / SDP

Les fans de montagne et de grands espaces, mais aussi de mode, peuvent se réjouir. Les créateurs ont pensé à leur ciseler des vêtements aussi techniques que stylés. Giorgio Armani, qui vient de relancer sa ligne de ski Neve fait défiler des parkas et des pantalons waterproof aussi immaculés que les sommets enneigés. Mais la couleur est beaucoup au rendez-vous dans cette avalanche de doudounes oversize, de capes de pluie en nylon ultraléger. Mention spéciale à un accord très de saison que n'aurait pas renié Yves Saint Laurent: le rose fuschia et le orange. Utilisé chez MSGM ou Kenzo, il donnera bonne mine aux montagnards et aux urbains en quête de protection extrême, de plus en plus nombreux.

Avoir la banane

De gauche à droite : Issey Miyake, Valentino, Heron Preston

De gauche à droite : Issey Miyake, Valentino, Heron Preston

© / Frédérique Dumoulin / SDP

Cette saison encore, le sac ventral règne sur les shows. Après le retour en force du sportswear et la réhabilitation du jogging en ville, il est devenu un incontournable de l'accessoire et continue sa conquête auprès des millennials. En version couture et en cuir vernis, en nylon ou dans des couleurs flashy, la banane affirme son élégance urbaine. La petite touche qui fait la différence ? La façon de la porter. À bras-le-corps comme chez Issey Miyake, à la main de façon nonchalante pour Valentino ou ceinturée à la taille comme chez Heron Preston...tout est dans l'attitude.