A l'heure où ses équipiers de l'équipe BMC avaient droit à un petit-déjeuner copieux en cette première journée de repos du Tour de France, l'Australien Richie Porte a dû se contenter de plateau repas d'hôpital lundi. Une perspective loin d'enchanter le leader de la formation américaine mais un désagrément ridicule à côté de la raison de sa présence dans une chambre d'hôpital de Chambéry. Tombé lourdement dans la descente du Mont du Chat dimanche, Richie Porte a été évacué avec une fracture du bassin et de la clavicule.
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Deux heures avant l'Australien, c'est le Britannique Geraint Thomas (Sky) qui avait été contraint à l'abandon. Sur une 9e étape qui a fait beaucoup de dégâts, le premier maillot jaune de ce Tour n'avait pu repartir, lui aussi touché à la clavicule après une chute.
Opération et traitement orthopédique
"Quand ils chutent, les gars enroulent la tête et c'est l'épaule qui vient toucher le sol en premier. Ça arrive très fréquemment malheureusement donc les coureurs savent tomber. Naturellement, les gars se réceptionnent sur les poignets mais quand ils n'ont pas le temps de mettre les bras, c'est la clavicule qui part", détaille Thierry Pouget, ostéopathe de l'équipe Direct Energie. Figure de proue de la formation française, Thomas Voeckler s'est déjà fracturé la clavicule quatre fois. De son côté, Anthony Delaplace n'a pas pu disputer son 7e Tour cet été à cause de cette blessure si courante qu'elle ressemble à un passage obligé pour les membres du peloton. "J'ai chuté fin mai. J'avais mal mais comme j'étais à deux kilomètres de l'arrivée, je suis remonté sur mon vélo dans le feu de l'action. J'ai fini la soirée aux urgences", raconte le coureur de Fortuneo-Oscaro.
Place ensuite à la chirurgie, souvent obligatoire vu la gravité de la blessure. Pour une fissure, un simple traitement orthopédique peut suffire. "Quand la clavicule est brisée en plusieurs morceaux, il faut une intervention chirurgicale et mettre des broches ou une plaque pour la stabiliser. Il faut noter que ce type d'interventions limite le gonflement de la cage thoracique, ce qui gêne les coureurs au niveau respiratoire", assure l'ostéopathe Thierry Pouget. Les cyclistes doivent ensuite porter des anneaux, une sorte de brassière qui maintient la clavicule en place, ou une écharpe qui maintient le coude au corps.
Trois semaines de repos total
"S'il y a bien quelque chose que vous pouvez vous casser, c'est un membre supérieur parce que vous pouvez toujours tourner les jambes. Et si c'est la clavicule qui est touchée, c'est ce qui guérit le plus vite", se réjouissait presque Johan Bruyneel, l'ancien directeur sportif de Lance Armstrong, dans les colonnes du New York Times. Un souci à la clavicule ne nécessite ainsi que trois semaines de repos total. "C'est ce qui est conseillé mais, souvent, les cyclistes enfourchent leur home trainer au bout de 15 jours", glisse l'ostéopathe du Team Direct Energie. Le coureur Anthony Delaplace confesse n'avoir attendu que trois jours.

Anthony Delpalace lors des Boucles de l'Aulme.
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Avec un traitement orthopédique, les blessés peuvent reprendre l'entraînement après trois semaines et repartir en course au bout de quatre. Avec une intervention chirurgicale, il faut patienter cinq ou six semaines pour retrouver la compétition. Un retour express qui peut entraîner quelques contrecoups. "La mobilité des muscles cervico-dorsaux ne sera plus la même qu'avant et les coureurs deviennent plus sensibles au niveau du cou, une région déjà fortement sollicitée", signale ainsi Thierry Pouget.
Dompter l'appréhension
La principale difficulté revient ensuite à effacer le disque dur pour pouvoir aborder des descentes où les coureurs du peloton peuvent frôler les 80 km/h. "À partir du moment où un coureur est tombé une fois, l'appréhension ne le quittera plus. On les entend en parler entre eux", révèle l'ostéopathe du Team Direct Energie. Anthony Delaplace confirme. "On en discute parfois mais on essaie de faire abstraction. Ça refroidit un peu mais il faut oublier vite. Il n'y a pas beaucoup de métiers où on prend autant de risques. On met notre santé en péril pour la suite. Quand on en parle entre nous, on essaie de pas trop se faire peur", rigole-t-il.
Avant de préciser ce qui lui traverse la tête lorsqu'il faut remonter sur son vélo. "C'est sûr qu'on a toujours peur de chuter à nouveau. On reprend l'entraînement sans trop d'appréhension, surtout si on est à l'aise en descente. Mais, sur les premières semaines de course, on frotte moins dans les sprints, on a plus de mal à prendre les bonnes courbes en descente. On prend moins de risques", explique Anthony Delaplace. Le coureur de 27 ans avoue même qu'il n'est pas surpris que les chutes aient été nombreuses lors de la 9e étape dimanche. " Les enjeux, notamment financiers, sont tels que les leaders prennent beaucoup de risques. Ce n'est pas très sérieux de mettre des descentes aussi rapides et dangereuses si près de l'arrivée", conclut-il. Un avis que partagera sans doute Richie Porte au moment où on lui apportera son prochain plateau repas.