Bon, l'Euro, passe encore. Wimbledon, à la limite, s'il n'y a rien d'autre à regarder le dimanche après-midi. Mais le Tour de France, c'est niet. L'orgie sportive du mois de juillet a ses limites? Vous avez clairement tort. Le Tour, c'est ce ronronnement d'hélicoptère qui accompagne le début de vos vacances, ces étapes qu'on suit d'un oeil en guettant l'heure de l'apéro. Mais aussi un spectacle sportif unique en son genre. Si vous êtes encore vélo-sceptique, voici quelques raisons d'allumer votre télé en début d'après-midi pendant trois semaines. Avec l'assentiment d'un ancien professionnel: Christophe Moreau.
Parce que le plateau est très riche
Oubliez les années Merckx, Hinault, Indurain, Armstrong. Gagner un Tour de France n'est plus synonyme de règne hégémonique pendant 5 ans. Depuis 2006, aucun coureur n'a enchaîné deux succès dans l'épreuve. Cette année, trois casques sortent clairement du peloton: l'Anglais Chris Froome, vainqueur sortant, l'Espagnol Alberto Contador et le Colombien Nairo Quintana. Les trois possèdent les qualités de rouleurs-grimpeurs indispensables pour parader sur les Champs Elysées. Mais aussi des équipiers dévoués à leur cause. Pour tous les trois, le Tour est l'objectif prioritaire de la saison. Depuis le début de l'année, toutes leurs courses sont destinées à préparer l'échéance du mois de juillet. Dans cette optique, ils ont aussi évité d'être en confrontation.
L'avis de Moreau: "Sur la valeur intrinsèque de ces grands coureurs, Quintana me semble un poil au-dessus. C'est mon favori. Avec peu de jours de course, il m'a semblé intouchable à la Route du Sud dès que la route s'élève. Contador est capable de tout, mais ce n'est pas le Contador d'avant. Et Froome était prenable au Dauphiné. Sur toutes ses courses, Quintana est très rarement au-delà du podium. Voilà pourquoi je mettrai bien une piecette sur lui."

Le Colombien Nairo Quintana (g) et le Britannique Christopher Froome lors du Tour de France, le 2 septembre 2015 à Andorre-La-Vieille
© / afp.com/JAIME REINA
Parce qu'un Français peut viser le maillot jaune
Bon d'accord, le podium semble déjà préempté par les trois cadors. Mais sait-on jamais. Une chute, une fringale, voire un contrôle positif, sont vite arrivés. A Thibaut Pinot d'en profitrer. Le leader de la FDJ n'a jamais semblé si armé pour viser le maillot jaune. 3e il y a deux ans, il avait déjà profité des aléas de courses avec les abandons de Froome et Contador. Cette année, il débarque avec une panoplie élargie, beaucoup plus constant en contre-la-montre et surtout une équipe entièrement dédiée, en l'absence du sprinter Arnaud Démare, resté à la maison. Bref, il est temps de confirmer les progrès entrevus depuis le début de l'année pour succéder à Bernard Hinault, dernier vainqueur français en 85.
L'avis de Moreau: "Je pense qu'il est capable d'aller chatouiller les meilleurs. Pinot est devenu le coureur complet qu'on n'espérait même pas. Lui le premier ne s'est pas imaginé marcher plus fort qu'un Christophe Moreau par exemple. Finalement, ça marche très bien. Il devient un leader du contre-la-montre en individuel. Il est au top de ce qu'il peut faire en chrono. Et montagne, très peu vont plus vite que lui. S'il continue comme ça, il va gagner le Tour dans les trois, quatre ans. Quintana peut lui faire de l'ombre. Mais il ne va plus progresser parce qu'il est déjà au top."

Le coureur de la FDJ Thibault Pinot, lors du Critérium du Dauphiné à Méribel, le 11 juin 2016
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Parce que tout va se jouer dans les descentes
Pour que la course ne soit pas dépendante à l'excès des arrivées au sommet (Arcalis, Ventoux, Finhaut-Emosson, Saint-Gervais Mont Blanc), les organisateurs ont redonné de l'importance aux descentes cette année. "Il faudra être un homme de la montagne, pas simplement un excellent grimpeur", prévient le patron du Tour, Christian Prudhomme, ravi de son petit effet. Les victoires se dessineront donc à plus de 100km/h dans des enchaînements de virages où la moindre faute peut vous envoyer à l'hôpital. Si vous arrivez à faire la sieste devant ce genre de spectacle...
L'avis de Moreau: "Cela fait partie de la course. Il faut savoir grimper et descendre pour ne pas se mettre dans le ravin ou la glissière de sécurité. Quand les écarts sont faits en haut, quand on est effiloché, à bout de forces, on peut faire de grosses fautes et ça ajoute du piment dans un final. C'est tout aussi dur qu'une arrivée sèche en montée. Ça peut être un exercice intéressant."
Parce que Peter Sagan
Vous rangiez le vélo dans la catégorie des sports pour retraités? C'était avant de faire la connaissance de Peter Sagan. Avec ses cheveux longs, son sens de la provocation et ses acrobaties sur le vélo, le Slovaque est le nouvel étendard d'un sport beaucoup plus rock n'roll. Depuis septembre dernier, il porte même le maillot de champion du monde. Sprinter casse-cou, il visera au moins une victoire d'étape, ainsi qu'un 5e maillot vert.
L'avis de Moreau: "J'aurais aimé avoir le charisme, l'audace de faire ce qu'il fait. Il y a un Zlatan dans le foot. Et il y en a un dans le vélo. Ses roues arrières, ses cheveux longs, son insolence, tout ce qu'il fait est bon pour le vélo. C'est un vrai champion et les autres coureurs le respectent. J'aurais bien aimé être le Sagan français et avoir plus de facilités. C'est le vélo sourire, le vélo passion. Il assure grave. Dans le foot, certains en font autant que lui, mais sont 100 fois moins talentueux."

Peter Sagan, lors de la 114e édition de Paris-Roubaix, le 10 avril 2016
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