Un championnat à deux vitesses. Vexé d'avoir terminé deuxième derrière Montpellier la saison passée, le PSG s'est lancé, cet été, dans une vaste opération de recrutement. Depuis le début du mois de juillet, trois joueurs (Lavezzi, Silva et Verratti) ont signé. Un autre (Ibrahimovic) devrait suivre. Coût total de l'opération: 120 millions d'euros.
Pendant ce temps-là, à des années lumières du mirage qatari, les autres clubs français tentent de faire des économies. Acheter moins et surtout vendre plus en essayant de gagner autant: telle est leur nouvelle devise dans un marché des transferts globalement prudent si on met de côté les coups de folie de Paris.
Alors, qui peut battre le PSG, cette saison? Montpellier, champion de France la saison passée, voudra confirmer que le premier titre de son histoire ne doit rien au hasard. Mais en a-t-il les moyens? Lyon, au ralenti depuis trois ans, peut-il redevenir la machine à gagner qu'elle a été? Marseille va-t-il digérer le départ de Didier Deschamps? Et si, finalement, la surprise venait de Lille?
Montpellier
Révélation de la saison dernière, la jeune équipe de Montpellier avait remporté le championnat grâce sa solidité défensive (34 buts encaissés en 38 matches) et sa solidarité collective. Guidée par l'expérience de son entraîneur, René Girard, elle avait déjoué les pronostics pour terminer avec trois points d'avance sur le PSG malgré un budget cinq fois inférieur au club parisien.
Montpellier participera, pour la première fois de son histoire, à la reine des coupes d'Europe, la Ligue des champions. Pour bien y figurer, le club de Louis Nicollin a recruté un défenseur (Daniel Congré), un milieu (Anthony Mounier) et deux attaquants (Gaëtan Charbonnier et Emmanuel Herrera). Problème: il a perdu son avant-centre Olivier Giroud, parti à Arsenal contre un chèque de 15 millions d'euros.
"On va se battre pour la deuxième place, lance Eric Bedimo, le défenseur camerounais de Montpellier, dans les colonnes de L'Equipe. Le Paris Saint-Germain sera intouchable. Ils ont retenu la leçon. Ils ne feront pas deux fois la même erreur. Mais nous essaierons de défendre notre titre le plus longtemps possible. Notre force, c'est la défense. On a remporté onze matches 1-0 la saison dernière. Peut-être qu'on en gagnera quinze cette fois."
Lyon
Champion de France sept fois d'affilée entre 2002 et 2008, l'OL est en perte de vitesse. Sur le podium de la Ligue 1 en 2009, 2010 et 2011, il a, pour la première fois en quatorze ans, terminé hors des trois premiers. Une situation qui a profondément agacé son président, Jean-Michel Aulas.
"La saison dernière, un certain nombre de joueurs ont pourri le vestiaire, a balancé le patron lyonnais dans une interview accordée au Progrès début juillet. Ils n'ont pas joué le jeu alors qu'il y avait de la place pour gagner le titre et la Coupe de la ligue. Il y a eu une pression néfaste des pharaons ou des dinosaures de vestiaires. Je ne veux plus de ça."
Dans le viseur d'Aulas, les défenseurs Cris et Cissokho risquent de partir, tout comme les milieux Källstrom et Bastos. En cas de belle offre, le gardien et capitaine des Bleus, Hugo Lloris, pourrait lui aussi aller voir ailleurs. Pour les remplacer, pas de recrutement clinquant. Lyon mise sur les jeunes du club. L'heure est à l'économie. Et aux ambitions à la baisse?
Marseille
Pendant de longues semaines, le départ de Didier Deschamps a été la seule animation estivale du côté de la Canebière. Depuis que l'ancien capitaine de l'équipe de France a quitté Marseille, c'est le calme plat sur la Méditerranée. L'arrivée de l'entraîneur à la casquette, Eli Baup, n'a pas fait de vague. Pas plus que celle du milieu nantais Florian Raspentino.
Traumatisés par une saison désastreuse terminée par une dixième place et quatorze défaites en trente-huit journées, les supporters de l'OM ne s'attendent pas à lutter avec le PSG à partir de la rentrée. Ils se consoleront simplement avec le départ de l'attaquant brésilien, Brandao, applaudi pour son sens du collectif mais durement critiqué pour son manque de technicité.
Avec des joueurs comme Mandanda, N'Koulou, Diarra, Cheyrou, Valbuena et Rémy, Marseille dispose d'un effectif intéressant. "Nous rentrons dans une phase de reconstruction", expliquait Eli Baup en conférence de presse le jour de son arrivée. Vincent Labrune, le président du club, parlait lui de "reconquête". Les rencontres entre Paris et Marseille promettent d'être tendues.
Lille
Le vrai concurrent du PSG, il est là. Le Losc, vainqueur de la Coupe de France et du championnat en 2011, ne cesse de progresser. Un développement patient et intelligent qui débouche, cet été, sur le déménagement dans un nouveau stade de 50 000 places.
Niveau recrutement, Lille a perdu l'Anglais Joe Cole et le prodige belge Eden Hazard, parti à Chelsea pour 40 millions d'euros, en attendant le probable départ du défenseur international français Mathieu Debuchy. Pour compenser, quatre joueurs sont arrivés, dont le prometteur meneur de jeu de Sochaux, Marvin Martin, et l'ailier ivorien de Chelsea, Salomon Kalou.
Suffisant pour suivre pendant une saison entière le rythme probablement élevé de l'armada du PSG? A voir. Et puis, si ce n'est pas Montpellier, Lyon, Marseille ou Lille, une surprise venant de Rennes, Bordeaux ou Saint-Etienne n'est pas à exclure. C'est aussi pour cela qu'on aime le football: ce n'est pas toujours le plus riche qui gagne à la fin.
