Jusqu'à son arrivée aux Jeux olympiques de Tokyo, c'était une inconnue du grand public. Originaire de la ville de Klilmovitchi, près de la frontière russe, Krystsina Tsimanouskaya est née en 1996, et a été championne du Bélarus au 100 et 200 m en 2016.

Sur son profil Instagram, il est possible de voir des images de ses entraînements et de ses repas. La jeune femme indique avoir surmonté un trouble alimentaire. Mais l'athlète bélarusse n'y parle guère de politique. A la suite de son arrivée, tout a changé quand elle a accusé les autorités sportives de son pays d'avoir voulu la rapatrier de force au Bélarus, Etat autoritaire ne tolérant aucune dissidence.

Les faits : une critique qui ne passe pas, la Pologne vient en aide

La sprinteuse de 24 ans devait courir ce lundi le 200 m féminin. Mais elle a, selon elle, été contrainte dimanche de renoncer à sa participation aux JO par son sélectionneur et accompagnée à l'aéroport par des responsables du comité olympique national bélarusse pour la ramener à Minsk. Sa faute ? Avoir critiqué quelques jours plus tôt sa fédération d'athlétisme.

Celle-ci, faute d'avoir organisé efficacement les contrôles antidopage adéquats, a dû renoncer à aligner certaines athlètes prévues pour l'épreuve. Mais a obligé Tsimanouskaya à y participer - sans la prévenir en amont - afin de pallier en urgence les absences. "Je n'aurais jamais réagi si durement s'ils étaient venus me voir à l'avance, m'avaient expliqué la situation et m'avaient demandé si je suis prête à courir le 400 m. Mais ils ont tout fait dans mon dos", a-t-elle expliqué sur Instagram.

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La critique n'est pas passée, et les officiels bélarusses ont intimé l'ordre à Krystsina Tsimanouskaya de rentrer au pays, selon la sprinteuse. Comme le rapporte la BBC, elle a déclaré à la station de radio European Radio for Belarus qu'elle craignait de retourner dans son pays. Et elle a confié au média by.tribuna.com avoir "peur" de se retrouver en prison au Bélarus et avoir demandé de l'aide à la police japonaise ainsi qu'au CIO pour éviter d'embarquer.

Face à cette situation, la Pologne a accordé un visa humanitaire à la sprinteuse bélarusse, a indiqué ce lundi le vice-ministre polonais des Affaires étrangères. L'athlète "est déjà en contact direct avec des diplomates polonais à Tokyo. Elle a reçu un visa humanitaire. La Pologne va faire tout le nécessaire pour l'aider à poursuivre sa carrière sportive", a écrit Marcin Przydacz sur Twitter. Tsimanouskaya est "en sécurité dans l'enceinte de notre ambassade" à Tokyo, a-t-il précisé à la chaîne d'information TVN24.

Pourquoi ça compte : l'épisode a pris un tournant politique

Au Bélarus, ce type de critique n'est pas sans risque. Car s'opposer aux autorités, fussent-elles sportives, n'est pas toléré. Et le comité olympique bélarusse est dirigé par Viktor Loukachenko, fils du chef de l'Etat. Cette organisation a d'ailleurs balayé les explications de la sportive, assurant qu'elle avait été écartée des JO sur "décision des médecins, en raison de son état émotionnel et psychologique". Un "mensonge", selon l'athlète.

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De nombreuses voix se sont élevées pour soutenir Krystsina Tsimanouskaya. Mais dans les médias d'Etat russes ou bélarusses, les critiques ont été dures. "Comment, sur le territoire d'un pays tiers, quelqu'un peut-il être emmené de force ? On lui a simplement proposé de rentrer au Bélarus, car elle ne remplit pas les demandes de l'équipe nationale. C'est le droit du coach", a indiqué le commentateur politique Alexandre Chpakovski dans le journal officiel Sovetskaïa Belorussiïa, suggérant qu'elle aurait "profité" de la situation pour demander l'asile.

Ailleurs dans le monde, le pays est souvent surnommé de "dernière dictature d'Europe". Les arguments des autorités peinent donc parfois à convaincre. "La Pologne offre son soutien aux citoyens bélarusses qui, pour des raisons politiques, souhaitent quitter le territoire bélarusse ou ne veulent pas retourner au Belarus", a déclaré Marcin Przydacz. Selon des responsables du ministère des Affaires étrangères, cités par des médias polonais, l'athlète pourrait voyager vers la Pologne cette semaine.

Le contexte : une vague de répression politique au Bélarus

Pour rappel, le Bélarus est le théâtre depuis près d'un an d'une répression politique sans merci. Des milliers de critiques du régime du président Alexandre Loukachenko sont en prison ou en exil. Y compris des sportifs. Ce différend sportif qui a rapidement pris un tournant politique s'inscrit donc dans un contexte tendu. Alexandre Loukachenko a fait face à l'été et l'automne 2020 à un mouvement de contestation historique contre sa réélection qu'il tente d'achever de mater en réprimant sans relâche opposants, journalistes et militants.

Mais au-delà de cela, se mêlant volontiers de tout, il a menacé les délégations sportives en partance pour Tokyo juste avant les JO. "Pensez-y avant d'y aller. Si vous revenez les mains vides, il vaut mieux ne pas revenir du tout" au Bélarus, avait-il lâché.

Svetlana Tikhanovskaïa, cheffe de file de l'opposition bélarusse, a quant à elle remercié dimanche soir "la République Tchèque, la Slovénie et la Pologne d'avoir offert l'asile" à la sprinteuse. Durant la vague de contestation de 2020 contre Alexandre Loukachenko, la sportive avait d'ailleurs signé avec quelque 200 sportifs une lettre ouverte dénonçant les violences des forces de l'ordre à l'encontre des manifestants anti-pouvoir.