A défaut de s'enthousiasmer dans les tribunes des stades, les supporters de football pourront au moins se satisfaire de voir les clubs de Ligue 1 respirer un bon bol d'argent frais. Et il était temps ! Englués dans la crise financière, étranglés par le fiasco Mediapro, les clubs sont sur la corde raide, voyant les mois défilés et leur trésorerie s'assécher. Une pente qui aurait pu être fatale pour les plus fragiles. Mais jeudi soir, le mauvais feuilleton des droits TV a bouclé sa saison sur un ultime rebondissement... pas franchement inattendu.

Quel manque à gagner pour la LFP cette saison ?

La direction de Canal+, qui promettait depuis des semaines des joutes judiciaires pour que la Ligue de football professionnel (LFP) se plie à ses règles du jeu, a finalement retourné sa chasuble et accepté une négociation de gré à gré avec elle. La chaîne a donc mis sur pause sa volonté de convoquer un nouvel appel d'offres global comprenant le fameux lot 3 (deux matchs par semaine achetés par BeIN Sports, sous-licenciés à Canal) pour lequel Canal + règle plus de 300 millions d'euros cette saison (ce qu'elle estime surpayé vu la situation actuelle). Et le patron de la chaîne cryptée, Maxime Saada, a donc accepté une négociation directe qu'il avait pourtant exclue ces derniers temps. Vous suivez toujours ?

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Dans cette partie de poker menteur, il n'y avait pas grand-chose à espérer pour la LFP, si ce n'est limiter la casse début 2021 pour se refaire la cerise au printemps. Pour récupérer les 8 matchs par journée de championnat diffusés par Téléfoot (la chaîne éphémère de Mediapro qui fermera boutique ce dimanche), Canal+ a donc proposé d'honorer ses traites du lot 3 en avançant même le paiement qui devait être échelonné sur la saison. Dans les prochains jours, ce sont donc 200 millions d'euros qui arriveront dans les caisses de la Ligue qui pourra alors reverser cette somme aux clubs professionnels et commencer à rembourser ses prêts relais (plus de 100 millions d'euros) aux juteux taux d'intérêt. Mais la décote est tout de même sévère par rapport aux promesses non-tenues de Mediapro : la LFP touchera donc pour cette saison 650 millions d'euros, soit la moitié de ce qui aurait dû être mis sur la table par le groupe sino-espagnol.

Que faire d'Amazon, DAZN et Discovery ?

Pour Canal+, qui co-diffusera avec Téléfoot ce dimanche le tant attendu classique du championnat, OM-PSG, pour lequel il a déjà offert 3 millions d'euros à la LFP, c'est donc une victoire de haut vol. A compter de la prochaine journée, le diffuseur historique du foot français proposera à ses abonnés 100% de Ligue 1 et de la Ligue 2 avec son partenaire BeIN Sports dont il assure une grande partie de la distribution dans l'hexagone. Mais il reste un gros point d'interrogation : que fera la Ligue pour les prochaines saisons ?

Le patron de Canal+ Maxime Saada lors du Festival de la fiction à La Rochelle, le 13 septembre 2019

Le patron de Canal+ Maxime Saada lors du Festival de la fiction à La Rochelle, le 13 septembre 2019

© / afp.com/XAVIER LEOTY

En lançant en urgence un appel d'offres fin janvier qui s'est finalement révélé infructueux sans la participation de Canal, les enchérisseurs (Amazon, DAZN, Discovery-Eurosport) n'atteignant pas les prix de réserve fixés par la LFP, cette dernière a néanmoins sondé le marché. Et les intérêts sont réels ce qui a tout de même rassuré la direction et son nouveau président Vincent Labrune. Légalement, la LFP peut donc continuer de discuter avec ces opérateurs pour trouver un accord de gré à gré comme elle vient de la faire avec Canal+.

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La Ligue peut ainsi essayer de dessiner pour la saison prochaine un package sur mesure pour les Gafa en "événementialisant" et en morcelant encore davantage le calendrier. La LFP pourrait ainsi vendre des matchs à la carte, ou même des journées particulières comme le Boxing Day anglais que s'est offert Amazon à Noël dernier outre-Manche. En ce sens, l'accord trouvé avec Canal permet surtout de s'extraire d'une forme d'urgence et de prendre le temps de nouer une relation de confiance avec ces potentiels nouveaux entrants pour répondre au mieux à leur besoin.

Et maintenant ?

Pour autant, il faudra vite trouver une solution aux exigences de Canal, le principal bailleur de fonds du championnat. Le 19 février prochain, le tribunal ce commerce de Paris doit statuer sur la requête formulée par la chaîne cryptée qui n'acceptait pas que la Ligue n'inclut pas le fameux lot 3 dans sa consultation de marché express de fin janvier. Canal estime toujours qu'il surpaye ces deux matchs car les enchères s'étaient envolées sur le coup des mises "Monopoly" de Mediapro. Canal demande toujours un appel d'offres global et suggère même des réformes en profondeur pour le championnat, comme le passage à 18 clubs de la Ligue 1 contre 20 aujourd'hui. Un avis partagé par la nouvelle direction de la LFP mais pas majoritaire chez les présidents de Ligue 1.

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A la LFP c'est donc encore un sentiment partagé qui règne. Si elle peut être satisfaite d'avoir trouvé une solution de court terme quitte à brader son produit, la direction doit maintenant trancher la question de fond : faut-il céder aux exigences de son principal argentier, ou tenter la Lune avec d'autres acteurs pour faire remonter un peu les enchères ? Mirage, chantage, sauvetage, le feuilleton Ligue 1 continue.