LEXPRESS.fr: Les journalistes chinois parlent d'événement historique pour évoquer le titre olympique de Zhong Man. Qu'en pensez-vous?Christian Bauer: Je les comprends. La dernière médaille d'or de l'escrime chinoise datait des JO de 1984. Cela faisait 24 ans que les tireurs chinois passaient à côté d'un titre olympique ! La médaille d'or de Zhong est pour moi un soulagement. Ma mission était de faire gagner à mes escrimeurs une médaille d'or olympique. Mon contrat est donc rempli.
Vous aviez entraîné brièvement Nicolas Lopez à l'INSEP quand vous étiez encore à la tête de l'équipe de France de sabre. Peut-on parler d'un petit avantage?Je connaissais un peu son style de jeu, c'est vrai. Je savais par exemple qu'il tirait très bien en deuxième intention. J'avais donc demandé à Zhong de ne pas se laisser embringuer là-dedans. Il a bien suivi mes conseils. Personnellement, la victoire de Zhong (champion d'Asie de sabre en 2008, ndlr) n'est pas une surprise, même si je m'attendais davantage à une médaille chez les dames. Il ne faut pas oublié que Zhong avait gagné cette année une Coupe du monde à Varsovie. Il faisait partie des favoris.
A votre avis, qu'avez-vous apporté aux sabreurs chinois?D'abord, mon expérience. Ces JO sont mes quatrièmes. Et il s'agit d'une compétition tellement différente des autres que ça compte vraiment. Par ailleurs, face aux tireurs européens, les Chinois ont longtemps été complexés. C'est sans doute une histoire culturelle. Il a donc fallu que je le décomplexe. Cela passait bien sûr par la parole mais aussi par des leçons individuelles, des trucs vraiment physiques, très sensoriels. Les Chinois faisaient de l'escrime de vitesse principalement. J'ai dû leur apprendre à faire de l'escrime autrement, à leur faire sentir ce qu'ils réalisaient sur une piste. Je pense aussi leur avoir appris à exister, à être autonomes et surtout à prendre du plaisir, à l'entraînement comme en compétition. Et je n'ai pas connu de difficultés majeures dans l'exercice de mes fonctions. Au contraire, j'avais des moyens financiers conséquents.
Vous vous dites soulagé. La pression était-elle énorme?Oui, elle l'était. Quand je suis arrivé en Chine, les dirigeants de la Fédération organisaient des réunions tous les deux jours et me répétaient sans cesse qu'il fallait que je gagne une médaille d'or aux Jeux. Il a fallu que je mette le « hola » pour pouvoir travailler en paix. Ils m'ont heureusement écouté.
Comment envisagez-vous votre avenir?Mon contrat de travail se termine à la fin des JO, le 17 août précisément, quand les épreuves d'escrime s'achèveront. Ensuite, je ne sais pas. La Chine est un pays attachant, assez éloigné de l'image péjorative véhiculée en occident. Mais les Chinois sont des gens très secrets. Tout ça pour dire que je discuterai probablement avec eux de mon avenir après les Jeux...