A voir Vincent et Bruno, le mot "gay" prend tout son sens. A la veille de leur mariage, alors qu'ils reçoivent les journalistes à deux pas de la mairie de Montpellier, les deux hommes ont un sourire jusqu'aux oreilles. Ni la menace de pluie, ni l'annulation pour des raisons de sécurité de la retransmission de la cérémonie et du vin d'honneur promis par la mairie ne semblent entamer leur bonne humeur. "Comme tous les futurs mariés, on commence à sentir le stress monter, tempère Vincent, 40 ans. Mais on est tellement heureux d'avoir les mêmes droits que tout le monde, qu'on oublie tout ça."

Seule déception: s'unir un mercredi - jour de la publication du décret d'application de la loi - empêche une partie de leur famille et amis de faire le déplacement. "Lorsque Najat Vallaud-Belkacem [porte-parole du gouvernement, NDLR] nous a proposé d'être le premier couple à se marier en septembre 2012, on n'a pas pensé à toutes les considérations pratiques, explique Bruno, 30 ans. C'est pas grave, on fera une séance de rattrapage!" Le traditionnel enterrement de vie de garçon est également passé à la trappe, faute de temps. "C'est des fêtards, ils ont dû fêter ça dix fois avant et se rattraperont beaucoup après", les taquine Jean-Louis, le père de Bruno.

Soirée intime dans un lieu tenu secret

Malgré l'enjeu de cette première cérémonie, le couple a tenu à tout faire comme dans un mariage classique. Traiteurs, fleurs, alliance, costumes... Ils prévoient cependant de se passer d'un photographe pour la cérémonie civile, couverte par 200 médias du monde entier. Après la mairie, une fête sera organisée dans un lieu tenu secret, où seuls la famille et les amis sont conviés. Tout est quasiment prêt. Pas d'interrogation sur le menu, puisque "Vincent n'aime que le boeuf et les patates", plaisante son futur mari. Le DJ a préparé ses disques de Christophe Willem, à l'origine de leur rencontre.

Les deux hommes ont en effet fait connaissance sur un forum consacré au vainqueur de la Nouvelle star en 2006. Quelques mois plus tard, en janvier 2007, plusieurs fans décidaient de se rencontrer à Paris. "On a tout de suite accroché et décidé de se revoir, même si ce n'était pas simple, car à l'époque j'habitais dans l'Essonne et lui déjà dans le Sud, se souvient Bruno. On est sorti ensemble rapidement... mais pas le premier soir, quand même".

Coming out express

Ensuite, tout est allé très vite. Allers-retours pendant un an et demi, puis Bruno, fonctionnaire d'état, demande sa mutation à Montpellier. Vincent est "son premier homme". "Je me doutais que j'étais homo, mais je n'en avais encore jamais parlé à personne." Moins de deux mois après leur rencontre, il décide de faire son coming out auprès de sa famille. "Tu m'as appelé pour me le dire, j'étais au boulot, se souvient Adeline, sa soeur aînée. Je ne me rappelle même plus si j'étais surprise! Je crois que j'étais heureuse pour toi, c'est tout".

Le plus dur restait à faire: l'annoncer à son père, Jean-Louis, policier à la retraite. "J'ai téléphoné à ma mère pour lui dire que j'étais amoureux d'un homme et je lui ai demandé de le lui dire. Moi, je n'y arrivais pas, c'était impossible, je craignais trop sa réaction". Il avait tort. "J'ai été surpris qu'il le prenne si bien", se rappelle sa femme, qui lui a annoncé la nouvelle en pleine séance de jardinage. "J'étais heureux pour lui, il est mieux amoureux que célibataire", répond le papa.

4000 personnes attendues

Ce coming out express a impressionné son compagnon, lui qui n'a pas eu le temps de l'annoncer à son père, décédé lorsqu'il était adolescent. Sa mère, elle, "a explosé de rire, raconte Vincent. J'avais 16 ans. Elle m'a immédiatement mis à l'aise en me disant qu'elle s'en fichait que je ramène des filles ou des garçons. C'est elle qui m'a emmenée à ma première gay pride!"

Aujourd'hui retraitée, cette ancienne responsable de service dans une mutuelle, milite dans le pôle "parents" de l'association dont son fils est responsable, la Lesbian and Gay Pride.

Cet engagement associatif fait partie de la vie du couple et explique qu'il ait choisi une cérémonie civile ouverte à tous, où sont attendues près de 4000 personnes, dont la porte-parole du gouvernement. "Ce mariage est un symbole pour la France, c'est pour cela que nous voulions le partager avec tous les militants, tous les gens qui ont soutenu notre cause. C'est une manière de dire merci pour toute l'énergie déployée", justifie Vincent. Mais il insiste: "C'est un engagement militant, mais avant tout un mariage d'amour. On aurait été les 32e, nous aurions été tout aussi contents!"