Alors que la recrudescence des cas de Covid-19 se fait ressentir en France, en raison de la circulation des sous-variants BA.4 et BA.5, un rapport de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques met en avant la nécessité pour l'Etat de communiquer de manière transparente quant aux éventuels effets secondaires engendrés par le vaccin. La sénatrice centriste et corapporteuse Sonia de la Prôvoté voit dans les structures régionales de pharmacovigilance le meilleur moyen de mêler considérations politiques et vérité scientifique.

L'Express : Le rapport de l'Opecst indique que le système de pharmacovigilance a bien fonctionné durant la crise du Covid-19. Quel a été son rôle exact ?

Sonia de la Provôté : La pharmacovigilance repose sur un réseau particulier à la France. Des centres régionaux sont chargés de recueillir, d'enregistrer et d'évaluer des données qui lui sont transmises par des professionnels de santé ou directement par les citoyens concernés. Dans le cas du Covid-19, ils ont, par exemple, recueilli les témoignages de personnes évoquant de possibles effets secondaires liés à la vaccination. Ces centres identifient les signaux émergents, fréquents ou graves, et transmettent leurs rapports à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Ce système, reconnu au niveau international, fonctionne bien car il joue à la fois le rôle de soutien et de parole de vérité. La pharmacovigilance est un dispositif capable de réconcilier les citoyens avec la science, en la rendant plus accessible et rassurante. Devant l'inconnu qu'est l'apparition d'un virus, il est nécessaire de proposer des structures de confiance. D'autant que les centres de pharmacovigilance disposent d'une autonomie par rapport au pouvoir politique. Notre rapport encourage l'Etat à y mettre davantage de moyens financiers.

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Vous écrivez que "la vérité scientifique doit triompher". Dans le cas du Covid-19, la dimension politique n'a-t-elle pas été trop prégnante ?

Nous évoquons, en effet, les éléments de politique pure qui ont entraîné certaines conséquences dans le domaine de la santé. Il faut comprendre que la politique sanitaire se base sur un mélange de deux considérations. Par exemple, le fait que pendant des années les gouvernements successifs ont fermé des lits à l'hôpital a conditionné le choix de recourir assez rapidement au confinement. La brutalité de l'épidémie à ses débuts a mis à mal les capacités hospitalières dans son ensemble, et à partir du moment où les malades du Covid-19 sont devenus "prioritaires", il a fallu déprogrammer d'autres soins. La politique sanitaire engendre forcément des tensions chez ceux qui se sentent victimes de mesures qui sont pourtant présentées comme protectrices.

La politique comprend une grande dimension humaine, et le domaine de la Santé doit saisir le collectif, l'individu, et les conséquences des choix collectifs sur les individus. Autour du Covid, d'autres sujets sanitaires ont émergé, certains nés même de la politique mise en place. Nous sommes chargés de dresser des bilans, pas de critiquer les choix, mais il est certain que lorsqu'un nouveau virus adviendra, l'Etat devra davantage saisir les conséquences générales de ses décisions.

Le gouvernement a insisté sur la recherche d'une immunité collective alors que celle-ci s'est avérée impossible à atteindre. Ce choix de communication a-t-il desservi la cause de la vaccination ?

Le cheminement dans la connaissance de ce virus a été long, il est d'ailleurs encore en cours. Il faut s'intéresser aux différentes étapes du savoir, et les mesures qui y ont été associées. Au début, on observait un virus contagieux sur une population sans capacité de défense immunitaire. Les effets secondaires graves ont donc été très nombreux, entraînant hospitalisations et décès. Après, sont arrivés les vaccins, et avec eux un argument : si la population se fait vacciner, nous atteindrons l'immunité collective. Cet espoir s'est avéré chimérique, les scientifiques comprenant que le vaccin protégeait certes très bien la population mais n'empêchait pas la transmission du virus, du fait de ses multiples mutations. Etant de plus en plus contagieux, il a sapé l'objectif d'une immunité collective. Ce qui empêche le virus de circuler, ce sont les gestes barrières et le confinement, pas la vaccination.

Pourtant, la communication sur l'immunité collective s'est poursuivie, alors que le véritable objectif était de limiter les formes graves. En plus, l'immunité conférée aux personnes vaccinées est de court terme. Le pouvoir politique aurait davantage dû expliquer que le but était de protéger au maximum tout en vivant avec le virus plutôt que de faire croire qu'on pouvait l'éradiquer en se vaccinant.

De même, vous estimez que la communication sur les effets indésirables liés au vaccin aurait dû être mieux envisagée ?

Lorsqu'il y a eu les cas de thromboses ou encore de myocardites, l'Etat a communiqué. On ne peut pas lui reprocher une opacité sur ces cas rares, mais très graves, de mauvaises réactions au vaccin. En revanche, il n'y a pas eu de communication active sur comment déclarer les effets secondaires ressentis. On revient sur l'importance de la pharmacovigilance. Dans les faits, les personnes peuvent transmettre leur témoignage à des professionnels de santé ou directement sur le portail de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Mais ce n'est pas instinctif, il aurait donc fallu que le gouvernement explique comment procéder. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu une campagne de publicité en ce sens. La transparence exige une communication équilibrée entre les objectifs de la politique vaccinale et les effets secondaires du vaccin, sinon l'Etat peut perdre la confiance de ses citoyens. L'hésitation vaccinale peut naître d'un déficit de communication honnête, quand bien même il n'est pas volontaire.

Il y a aussi eu des maladresses, comme ce spot télévisé disant à peu près que si vous ressentez des courbatures, c'est que vous avez fait trop de sport, alors qu'en réalité tout le monde sait que le vaccin peut entraîner des effets de ce type, tout comme une forte fièvre ou une douleur au niveau du point de piqûre. Le citoyen peut se sentir floué, et les bienfaits de la vaccination s'en trouvent occultés.