A 14 ans tous les deux et à seulement un jour d'intervalle, une jeune fille et un jeune garçon ont succombé à des coups de couteau dans le département de l'Essonne, à Saint-Chéron et Boussy-Saint-Antoine. Le tout sur fond de rixes entre bandes. Et ce un peu plus d'un mois seulement après le passage à tabac ultra-violent du jeune Yuriy, 15 ans, dans le XVe arrondissement de Paris. Ce phénomène n'est pas nouveau et particulièrement présent en Ile-de-France. Selon les chiffres édifiants du ministère de l'Intérieur, en 2020, 350 affrontements entre groupes rivaux ont été recensés sur l'ensemble du territoire, dont 186 en Île-de-France et 99 rien que dans l'Essonne. Gérald Darmanin a évoqué mardi soir l'existence de 74 bandes d'adolescents et de jeunes adultes, dont l'essentiel, 70, est en Île-de-France.
Le phénomène est tel depuis plusieurs années que les institutions ont dû s'adapter. "C'est en raison de ce niveau de violence que le conseil départemental de l'Essonne a engagé des actions en matière de sécurité alors que la loi ne prévoit pas sa compétence", assure Alexandre Touzet, vice-président délégué à la sécurité du conseil départemental et maire de la petite ville de Saint-Yon. Ces actions prennent la forme d'une sécurisation des collèges, du déploiement de près de 700 caméras de vidéoprotection et le développement de la "prévention spécialisée", autrement dit les "éducateurs de rue".
Faire du "sur-mesure" ?
Malgré tout, le drame de lundi a d'autant plus marqué localement les esprits car il a touché un secteur réputé calme, à Saint-Chéron, les faits de violence se déroulant d'ordinaire plutôt dans le Nord et le centre du département. Alexandre Touzet évoque des jeunes qui se définissent par leurs quartiers, en mode presque "tribal" et qui s'affrontent parfois pour des histoires anciennes voire très anciennes qu'ils n'ont eux-mêmes pas vécues. Toujours plus jeunes et plus violents. L'élu plaide pour du "sur-mesure", une réponse adaptée localement à chaque secteur. Et un travail transversal de diagnostics et d'échanges d'informations avec tous les acteurs concernés, dont l'Education nationale, traditionnellement plus en retrait sur ces questions.
A Paris, un dispositif a été mis en place en 2016 par François Molins alors procureur de la République de Paris. Il est toujours à l'oeuvre. Le groupe local de traitement de la délinquance intitulé "lutte contre les phénomènes d'affrontement entre bandes" s'est encore réuni il y a quinze jours. Assis autour de la table, on retrouve le parquet, les représentants de la mairie, les services de police, le rectorat et la protection judiciaire de la jeunesse. L'objectif est double. Il s'agit d'abord d'engager et de suivre des actions de prévention à partir du signalement d'individus ou d'incidents. Mais il est également question de mener un suivi opérationnel - progression des enquêtes marquantes et des poursuites contre les auteurs d'affrontements, analyse des situations à risque et échanges d'informations sur la mise en oeuvre des mesures de contrainte judiciaires.
Couteaux, bâtons, bombes lacrymogènes et marteaux
"La capitale voit émerger depuis plusieurs années un phénomène de rivalité et de logique territoriale attachée à des cités ou des établissements scolaires difficiles au sein desquelles s'improvisent des bandes réunissant des individus violents prêts à réagir à tout événement interprété comme une attaque contre le quartier ou l'un de ses membres", décrypte une source proche du dossier. Loin de constituer des groupes hiérarchisés et structurés, ces bandes "s'agrègent au gré des événements".
C'est parfois un incident, anodin en apparence, qui, exacerbé par les réseaux sociaux, dégénère en guet-apens ou bataille rangée. Les mineurs sont souvent armés de couteaux, de bâtons, bombes lacrymogènes ou encore marteaux, plus rarement d'armes à feu. Les participants à ces bandes sont quasi exclusivement masculins et sont mineurs dans 67% des cas avec un âge moyen de 17 ans.
