Deux jours après la marche contre la vie chère et l'inaction climatique qui a réuni 140 000 manifestants selon les organisateurs, 30 000 selon la police, plusieurs syndicats dont la CGT - en première ligne dans le conflit social des raffineries - FO, FSU et Solidaires, et quatre mouvements représentant la jeunesse (la FIDL, le MNL, l'UNEF, la Voix lycéenne) appellent les salariés de tous les secteurs à faire grève et manifester, mardi 18 octobre. Le but : demander une augmentation des salaires et montrer son soutien au droit de grève suite aux réquisitions des raffineries menées par le gouvernement pour faciliter la distribution de carburant.

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Autres motifs de mécontentement pour des millions de salariés : l'inflation, qui pèse sur le pouvoir d'achat, le durcissement à venir des règles d'indemnisation des chômeurs ou encore la réforme des retraites, attendue pour la fin de l'année. Cheminots, fonctionnaires, salariés dans les centrales nucléaires... Plusieurs filières en difficulté se sont jointes au mouvement de mobilisation nationale. Plusieurs secteurs seront perturbés.

Transports : de la SNCF en passant par la RATP et les chauffeurs routiers

À la SNCF, la CGT-Cheminots, premier syndicat représentatif, et SUD-Rail ont appelé à la mobilisation. La circulation des trains régionaux sera perturbée, avec un TER et un train Intercités sur deux en moyenne, ainsi que sur les réseaux d'Ile-de-France pour cette journée de grève interprofessionnelle qui ne touchera qu'à la marge le trafic TGV et quasiment pas le métro parisien, ont annoncé lundi la SNCF et la RATP. En région parisienne, le trafic sera normal sur certaines lignes SNCF (K, T11, T13) mais fortement perturbé sur d'autres (1 train sur trois pour le RER D et les lignes J, L et R du Transilien). La SNCF prévoit de ne faire circuler qu'un train sur deux sur les lignes B et C du RER, H et N du Transilien, et trois sur quatre sur le RER A et la ligne P.

A Paris, le trafic des bus (RATP) sera également perturbé avec deux bus sur trois en moyenne. Trois RER sur quatre fonctionneront sur les portions des lignes A et B opérées par la RATP.

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Le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, appelle les Français à "anticiper" leurs déplacements. Responsables syndicaux et gouvernement seront particulièrement attentifs au nombre de grévistes, notamment dans le secteur stratégique du transport, ainsi qu'aux éventuels appels à la grève reconductible. Les cheminots espèrent que l'approche des vacances scolaires de la Toussaint pousse la direction de la SNCF à la négociation.

Enfin, les chauffeurs routiers pourraient aussi massivement débrayer ce mardi, à l'appel de la fédération des transports de la CGT. "Les salariés du transport routier de marchandises et, plus particulièrement ceux qui concourent à transporter des matières dangereuses, sont solidaires de la lutte en cours", a indiqué la fédération, appelant ses militants "à gonfler les piquets de grève".

Les secteurs concernés par la grève interprofessionnelle du mardi 18 octobre 2022.

Les secteurs concernés par la grève interprofessionnelle du mardi 18 octobre 2022.

© / L'Express

Fonction publique : enseignants, éboueurs ou encore agents administratifs

Des préavis ont également été déposés pour les trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière). La Fédération des services publics a appelé à la grève "pour soutenir les actions décidées par les grévistes dans les raffineries, pour réaffirmer nos revendications salariales (10% d'augmentation immédiate du point), notre rejet de la réforme des retraites voulue par Macron et notre attachement au droit de grève et aux libertés syndicales".

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Dans plusieurs grandes villes comme Paris, Aix-en-Provence, Marseille (Bouches-du-Rhône), Bordeaux (Gironde), Rouen (Seine-Maritime) ou encore Toulouse (Haute-Garonne), la grève devrait être "massivement" suivie par les éboueurs. D'autres fonctionnaires territoriaux devraient également cesser le travail. "Au vu des premiers éléments qui nous remontent, il pourrait y avoir de nombreux grévistes parmi les agents de la voirie, les services techniques mais aussi administratifs ou encore les agents des bibliothèques et ceux des offices HLM, rapporte au Parisien François Livartowski, de la CGT fonction publique. Le mouvement est assez généralisé dans l'administration."

Quid des enseignants ? Les grévistes ont jusqu'à lundi soir pour se déclarer. Les syndicats assurent déjà qu'ils seront nombreux dans les lycées professionnels, où le mouvement était programmé de longue date en raison de la réforme qui les concerne.

Énergie : raffinerie et centrale nucléaire

Les salariés dans les raffineries poursuivent la grève ce lundi dans cinq sites de TotalEnergies et continueront mardi, malgré les remontrances de Bruno Le Maire ce matin sur BFMTV et l'accord sur les salaires signé vendredi entre l'entreprise, la CFE-CGC et la CFDT, les syndicats majoritaires. Deux dépôts, celui de Mardyck (Flandres), ainsi que celui de Feyzin (Rhône), ont été réquisitionnés par le gouvernement.

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Outre la filière carburant, des points de crispations ont fait leur apparition au sein des centrales nucléaires. Depuis quelques semaines, des arrêts de travail, sur fond de revendications salariales et de prise en compte de l'inflation, perturbent l'activité de plusieurs centrales, à Tricastin (Drôme), Cruas (Ardèche), Bugey (Ain), Cattenom (Moselle) et Gravelines (Nord). Le mouvement de grève continue de s'amplifier, EDF a ainsi dû repousser le redémarrage de cinq réacteurs nucléaires.

Les mouvements sociaux peuvent "avoir un impact sur le planning de retour en production de certains réacteurs, a indiqué une porte-parole du groupe à l'AFP. Pour les réacteurs en production, cela peut se traduire par des baisses de puissance temporaire".