Nouvelle version, nouveau nom, nouvelles fonctions. "StopCovid", l'application française de traçage des malades du coronavirus, a été (re)lancée ce jeudi sous le nom "TousAntiCovid", après l'échec de sa première mouture. Il s'agit toutefois d'une mise à jour et non d'une nouvelle application. L'application "StopCovid" "n'a pas marché (...). On n'a pas réussi à faire de l'application un outil pour les gens", avait regretté Emmanuel Macron le 14 octobre lors de son interview télévisée sur TF1 et France 2.
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"L'application n'a pas été suffisamment téléchargée pour être un outil vraiment utile dans la lutte contre le coronavirus (...) C'est une opportunité manquée", a complété ce jeudi au cours d'une conférence de presse le secrétaire d'Etat chargé du Numérique. Cédric O a dépeint la nouvelle version comme "un geste barrière supplémentaire".
"Si vous avez croisé le chemin d'une personne contaminée et que vous aviez tous les deux l'application, vous serez averti dès que la personne recevra les résultats de son test", a-t-il expliqué, ajoutant que "nous avons besoin de TousAntiCovid. Le Conseil scientifique dans son avis rendu aujourd'hui a été extrêmement clair sur ce point". "Nous avons besoin de vous, (...) téléchargez-la !" a lancé le secrétaire d'Etat, parce qu'elle "n'est utile que si nous sommes très nombreux à le faire".
L'application garde strictement "le même moteur", selon ses promoteurs. Sa fonction reste bien d'avertir ses utilisateurs lorsque ceux-ci ont croisé dans les deux dernières semaines, à moins d'un mètre et pendant plus de 15 minutes, un autre utilisateur contaminé par le coronavirus - et qui l'a déclaré dans le système. En revanche, elle fait l'objet d'améliorations de forme et de contenu éditorial, pour être rendue plus attractive pour les internautes.
"On est passé d'une application qui ne disait rien à l'utilisateur, à une application qui commence à parler à l'utilisateur", expliquait ce jeudi l'un des hauts fonctionnaires qui a participé à l'élaboration de la nouvelle version. L'application propose ainsi en temps réel un fil d'actualités sur l'épidémie, des chiffres permettant de mesurer la propagation de celle-ci, ainsi que des chiffres sur l'utilisation de l'application afin de créer un effet d'entraînement et de motivation. Des liens renvoient vers différents sites d'informations officiels sur l'épidémie, comme santepubliquefrance.fr, mesconseilscovid.santé.gouv.fr, ou geodes.santepubliquefrance.fr (informations sur l'épidémie par régions).
Jean Castex l'a installée
L'objectif du gouvernement : remettre en selle une application largement boudée par les Français jusqu'à présent, y compris par les membres du gouvernement, comme Jean Castex, qui avait avoué ne pas l'avoir téléchargée (il a indiqué ce jeudi l'avoir fait pour TousAntiCovid). "StopCovid", sous sa forme actuelle, a en effet été installée plus de 2,7 millions de fois depuis début juin, soit bien moins que les applications britanniques et allemandes, téléchargées respectivement 16 et 18 millions de fois. En France, d'après le gouvernement, 13 000 utilisateurs ont fait part de leur contamination, et plus de 800 personnes ont été notifiées comme étant à risque.
Mais malgré ces chiffres très faibles, l'application a déjà fait la preuve de son utilité sur un plan sanitaire, estiment ses promoteurs. Pour Vittoria Colizza, de l'Inserm, les statistiques de StopCovid ces dernières semaines montrent bien que l'application a permis de réduire la transmission du virus, et que cette capacité peut se démultiplier si elle est massivement téléchargée. "Avec une adoption autour de 30%" de la population, "on pourrait arriver" à réduire "de plus d'un tiers" la transmission du virus autour des cas contact notifiés par l'application, a-t-elle affirmé.
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Le gouvernement a profité de ce nouveau départ pour mettre à jour ses estimations sur le coût de l'application: 196 000 euros par mois depuis son lancement en juin. Il estime les coûts de développement de l'application à 2,5 millions d'euros, mais ceux-ci ont été pris en charge directement par les institutions et entreprises participantes, et n'ont pas été facturés à l'Etat. TousAntiCovid va désormais être référencée dans toute la communication officielle sur le coronavirus comme un geste barrière, au même titre que le port du masque, la distanciation physique ou l'aération des pièces.
Pas de fonction de géolocalisation
Mais la décision de l'utiliser ou non appartient aux individus et à eux seuls, aucune institution, entreprises, commerce, restaurant... n'ayant le droit de l'exiger. Contrairement à "StopCovid", "Tous Anti-Covid" nécessitera désormais d'être activée soi-même manuellement avant d'entrer dans un lieu bondé, comme les transports en commun, un centre commercial, son entreprise, etc. La nouvelle mouture n'utilisera toutefois toujours pas la fonction de géolocalisation. En indiquant soi-même sa localisation, il sera possible d'avoir accès aux dernières informations sur la diffusion du coronavirus dans sa ville, dans son département ou dans sa région. Une sorte de "météo" du Covid-19, un concentré d'informations sur l'épidémie au niveau local donc.
Parmi ces informations figure "DepistageCovid" qui donne la carte des laboratoires à proximité et les temps d'attentes, précise le gouvernement, mais aussi "MesConseilsCovid" qui "permet d'avoir des conseils personnalisés pour se protéger et protéger les autres". Autre nouvelle fonctionnalité : un accès facilité à l'attestation dérogatoire de déplacement pour les zones concernées par le couvre-feu. Tous ces nouveaux outils ne seront néanmoins pas intégrés dans l'application, mais renverront vers les sites officiels du gouvernement.
Pas de QR Codes pour le moment
Les QR Codes, évoqués un temps pour permettre de renseigner plus facilement ses coordonnées dans les carnets de rappel de bars et restaurants, ne seront pas intégrés à "Tous Anti-Covid". Cette piste n'est néanmoins pas exclue pour les semaines à venir, précise BFMTV. Plusieurs autres pistes ont été abandonnées ou mises entre parenthèses, faute de temps pour les développer, précise Europe 1. Il n'y aura ainsi pas de prise de rendez-vous pour un test directement dans l'application.
"StopCovid", sortie en juin dernier et activement portée par le secrétaire d'Etat Cédric O, devait permettre à ses utilisateurs d'être prévenus s'ils ont croisé récemment, à moins d'un mètre et pendant plus de 15 minutes, un autre utilisateur qui s'est découvert contaminé par le coronavirus. Cette application avait été développée sous la direction de l'institut de recherche en informatique français Inria avec le concours de développeurs de sociétés privées comme Orange et Capgemini.
Elle a cependant été critiquée dès sa sortie, certains craignant qu'elle représente un premier pas vers une société de surveillance, et son efficacité a été jugée limitée. Avec ce précédent, le gouvernement devra donc faire oeuvre de pédagogie pour convaincre les Français de télécharger la nouvelle mouture.
