C'est une promesse de campagne électorale non tenue que Anne Hidalgo tente de justifier dans une lettre détaillée, publiée sur le site de la mairie de Paris lundi 7 novembre. En 2020, la candidate sortante à la mairie de Paris assurait qu'elle n'augmenterait pas les impôts si elle était réélue. Deux ans plus tard, "en raison d'un contexte national et international préoccupant, marqué par le dérèglement climatique, la crise énergétique et une forte inflation", Hidalgo fait le choix d'augmenter nettement le taux d'imposition de la taxe foncière, qui passera, en 2023, de 13,5% à 20,5%, soit une augmentation de 52%.

Au-delà de la conjoncture, Anne Hidalgo rappelle que Paris possède la taxe foncière "la plus basse de France", la moyenne nationale au sein des grandes villes étant de 41,61 %, contre 13,5% actuellement dans la capitale. De plus, celle-ci n'a pas augmenté depuis 2011. Ainsi, le propriétaire d'un logement de 50m² paiera l'an prochain 665 euros de taxe foncière, contre 438 euros actuellement.

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Pour le propriétaire d'un 75m², l'impôt passera de 576 à 874 euros. Et si le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a admis "un effort très important demandé aux personnes concernées", il a ajouté que Paris était une ville qui possédait un pourcentage relativement faible de propriétaires (32%). S'il évoque "les personnes concernées", c'est parce qu'elles ne le sont pas toutes. En effet, la mairie de Paris explique que "les propriétaires engagés dans la rénovation thermique de leurs biens, ainsi que ceux rencontrant des difficultés économiques" seraient exemptés à 100% de cette taxe. La deuxième catégorie englobe les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées et de l'allocation supplémentaire d'invalidité, les redevables de plus de 75 ans et les titulaires de l'allocation adultes handicapés sous conditions de ressources.

L'Etat dénonce "des problèmes de gestion"

Avec ces revenus supplémentaires, qui permettront à la mairie de Paris de moins emprunter, 514 millions d'euros en 2023 contre 860 millions cette année, Anne Hidalgo entend "maintenir la solidarité au travers des services publics du quotidien et accélérer la transformation écologique". En l'absence de cet apport financier supplémentaire, l'ex-candidate socialiste à la présidentielle devrait se résoudre à faire des choix drastiques, comme "fermer des piscines, réduire le nombre de places en crèches ou encore élaborer moins de pistes cyclables". Si Paris doit en arriver là, c'est, selon elle, en raison de l'abandon de l'Etat. Dans son communiqué, Hidalgo explique que "le gouvernement a refusé d'examiner les amendements soutenus par les associations de maires", qui prévoyaient, par exemple, de "faire contribuer davantage les propriétaires de résidences secondaires et de logements laissés vides", ou encore "d'augmenter la taxe de séjour pour les palaces et hôtels de luxe". Pis, il aurait même refusé de rembourser "une partie des sommes engagées pour la solidarité lors des crises Covid".

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Le gouvernement n'a pas tardé à réagir, et par la voix de son ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, déclaré que l'Etat avait "accompagné fortement la ville de Paris", mais qu'il ne pouvait pas "combler les problèmes de gestion et l'absence de réformes de structures". Il a notamment dénoncé le statut des fonctionnaires de la ville de Paris, "plus nombreux qu'à la Commission européenne et pas toujours aux 35 heures".

Les partis d'opposition ont également fait entendre leur colère. La maire Les Républicains du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, a dressé sur Twitter un bilan de l'action de Anne Hidalgo depuis 2014, qui, selon elle, a creusé la dette de la ville à 10 milliards d'euros, quand elle n'était que de un milliard en 2001. Quant à la présidente du groupe MoDem Démocrates et Ecologistes au Conseil de Paris, Maud Gatel, elle s'est inquiétée "de l'effet de cette mesure sur les familles parisiennes", déjà minées par l'inflation des produits du quotidien.