Rémi Fraisse est mort il y a bientôt un an sur le site de construction du barrage de Sivens dans le Tarn. Ses parents ont lancé ce jeudi un appel dans Le Monde pour "savoir ce qui s'est passé", alors que sur place une marche en son hommage était interdite par la mairie.

Selon le compte-rendu de la gendarmerie, des "adversaires extrêmement déterminés" ont attaqué les forces de l'ordre dans la nuit du 26 octobre 2014. Vers 1h40 du matin, un gradé a lancé une grenade offensive sur "cinq opposants agressifs qui jetaient constamment toutes sortes de projectiles". Le compte-rendu ajoute qu'un manifestant s'est alors écroulé et a été récupéré, inanimé. Le décès de Rémi Fraisse, un botaniste de 21 ans, était constaté juste avant 2h00.

"Un événement dramatique pour la nation toute entière"

"Nous voulons savoir comment Rémi est mort. Toutes les victimes de ce soir-là doivent être entendues. Toutes les personnes présentes à côté de lui peuvent expliquer comment cela s'est passé, où il était, ce qu'il a dit", écrivent le père, la mère et la soeur de Rémi Fraisse. "Nous leur demandons en son nom, pour que de tels actes ne se reproduisent plus sur notre sol, de venir courageusement se présenter pour nous aider à faire toute la lumière sur cet événement dramatique pour la nation toute entière", ajoutent-ils, soulignant qu'ils veulent "comprendre".

Dès la récupération du corps, les commandants font état de la "concomitance" du décès "avec un lancer de grenade offensive", théoriquement non mortelle mais depuis interdite. Mais il ne s'agit alors que "de supputations", selon le rapport de l'Inspection générale de la gendarmerie (IGGN) rendu en décembre 2014, qui a exonéré le gendarme auteur du tir. Des conclusions qualifiées de "mensonges" par la défense de la famille de Rémi Fraisse, qui dénonce une tentative de dissimulation par la hiérarchie et le gouvernement.

Parallèlement à l'enquête administrative, le parquet de Toulouse a ouvert une information judiciaire. Il sera auditionné "dans les mois qui viennent" par les juges d'instruction chargés du dossier à Toulouse, a-t-on appris de source judiciaire.

Le projet de barrage toujours en panne

Depuis la mort de Rémi Fraisse, le chantier de Sivens est suspendu. En janvier 2015, la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal a enterré le projet initial et soumis deux solutions de remplacement. Le projet alternatif qui a été retenu par le Conseil départemental du Tarn est deux fois moins ambitieux que l'original.

Mais ce Sivens "light" est toujours vivement contesté par ses opposants écologistes, tandis que les partisans du projet, soutenus par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs, continuent de réclamer sa mise en oeuvre. Mi-septembre, le Premier ministre Manuel Valls a souhaité que le nouveau projet de barrage "ne soit pas réalisé à la Saint-Glinglin".