Etrange rentrée que celle-ci, qui a débuté avec l'homme enceint et s'est poursuivie autour du sexe du barbecue, le tout débouchant sur des contre-vérités que plus personne ne relève tant est grande la confusion intellectuelle qui met sur le même pied le militantisme mensonger et les vérités scientifiques. Toute forme de hiérarchie se confondant dorénavant avec le nazisme, la peur d'être cloué au pilori social fait son travail d'intimidation (le déchaînement des décérébrés sur les réseaux sociaux pouvant conduire à l'ostracisme et vous faire perdre votre gagne-pain).

Le rire, qui "seul échappe à notre surveillance", comme le disait si justement Natalie Clifford Barney, est en train de devenir un terrain miné. Sandrine Rousseau occupe le devant de la scène par un mélange de provocations et de fausse naïveté, l'étonnement le disputant à la certitude quand elle fait mine de ne pas comprendre les réactions outrées à ces propos, elle qui veut "seulement" sauver le monde - des hommes exclusivement, destructeurs de l'humanité tout entière, des Blancs tueurs de plantes, d'animaux, de femmes, de chats, etc., et des hétéros construits normés. Madame la juge oeuvrant pour le Bien, l'ironie et le rire à son encontre sont, de fait, dans le camp du Mal.

Shalmani

Abnousse Shalmani

/ ©JF Paga / SDP

La caricature, mais pas pour tous ?

La sortie lunaire pour ne pas dire totalitaire de Sandrine Rousseau dans l'émission Quotidien fait toute la preuve de sa dangerosité. A Yann Barthès qui lui demande si rire aux posts du (formidable) compte parodique "Sardine Ruisseau" fait de lui un harceleur, elle répond "oui". A la question sur le droit à la caricature, elle répond : "La caricature ne se moque pas des personnes noires, des personnes LGBT et n'a pas un caractère discriminatoire." Quand, pour finir, Yann Barthès lui fait remarquer : "On rit chacun à sa façon, non ?", elle lance un terrifiant "ça fait partie des transformations que nous devons opérer"... Tremblez pauvres blagueurs, la rééducation écoféministe anticapitaliste décroissante vous attend.

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Passons sur le fait qu'on pourrait dire que Sandrine Rousseau justifie ainsi en creux le massacre des journalistes et des caricaturistes de Charlie Hebdo en faisant porter la faute à ceux qui "offensent", et attardons-nous sur la nature de la caricature et sur le droit de rire de tout. La caricature n'est pas caricature si elle ne se moque que des puissants (d'ailleurs Sandrine Rousseau, députée de la République, personnage médiatique ad nauseam, est dans le camp des puissants, donc, suivant sa logique, elle devrait accepter le compte parodique qui lui est consacré) : la caricature n'a de sens que dans l'irrévérence ; elle doit rire aussi des faibles, des minorités, des discriminés, car c'est exactement ce qui fonde leur humanité. Considérer que le pauvre, l'homosexuel, le noir, le musulman n'ont pas d'humour, c'est nier leur part d'humanité, les infantiliser, les fragiliser, les mettre hors de l'humanité. Combien de drames ont été surpassés grâce à un éclat de rire ? Combien de situations inextricables ont été résolues dans le pas de côté de l'humour ? Sandrine Rousseau a-t-elle remarqué que le rire est proscrit dans les dictatures ? A-t-elle remarqué que la contestation débute dans un éclat de rire ? Que les caricaturistes sont les premiers à être emprisonnés et tués, en Iran, à Cuba, en Arabie saoudite, partout où la liberté est absente ?

L'absence flagrante d'humour de Sandrine Rousseau est comme le gage du rôle sur-mesure qu'elle s'octroie dans le paysage médiatico-politique, celui de la juge. Pis : les médias se tournent vers elle dès qu'il s'agit de la vie ou de la mort d'un politique. Ainsi, on l'a vu réclamer la démission de tous les politiques mis en cause pour des faits supposés de violences sexuelles, avant toute enquête judiciaire ou après un jugement qui ne lui convenait pas, tout comme elle a décrété la mise à l'écart de Taha Bouhafs sans que rien ne filtre du tribunal interne érigé dans le secret de LFI, puis demandé la tête d'Adrien Quatennens - suite à sa non moins délirante lettre d'aveu à la sauce anglo-saxonne protestante qui rampe sur les genoux pour accéder au pardon. Elle a aussi demandé et obtenu la tête de Julien Bayou car elle a été la confidente avide de son ex. Il ne s'agit pas ici, d'après ses propres termes, de violence sexuelle, mais de "santé morale", et il n'est toujours pas question de justice, mais d'enquête journalistique. Un poème d'Omar Khayyam me revient en mémoire à chaque jugement définitif de Mme Rousseau : "Plus haut que tout il faut l'ivresse mettre. O juge, plus que toi je suis consciencieux, Tout ivre que je sois, le plus sage des deux. Tu bois le sang humain, moi celui de la vigne. Sois juste et dit lequel est le plus dangereux."